Ateliers Thomé Génot
chronique et conséquences d'un pillage

C'est il y a 2 ans et après plusieurs décennies d actionariat famillial que notre entreprise fut confrontée au désengagement du pôle banquaire assurant nos fonds de roulements. Les choses s'enchainèrent très vite alors et après une période de redressement judiciaire, nous fûmes cèdés à un groupe américain nommé CATALINA ADVISOR COMPAGNY qui bénéficiait du soutien de nos donneurs d'ordre et principalement de VISTEON. Le plan de reprise de ces derniers prévoyait à l'époque l'embauche des 71 intérimaires, le maintien de l'ensemble des effectifs et la sauvegarde de nos 2 sites secondaires. Bref socialement ce fut un soulagement mais ça fermait la porte à toute autre possibilité de reprise. Nous pensions à l'époque que le tribunal de commerce avait pris soin de vérifier la surface financière de CATALINA.
Pendant les 2 années qui nous amenèrent à aujourd'hui, nous vimes la situation se dégrader et trés vite la CGT alerta toutes et tous sur les dérives, sur la nature réelle du repreneur (que nous avions avant tous mis à jour) et le pillage organisé des actifs et des propriétés en vue de financer la constitution d un holding financier qui nous échapperait tôt ou tard (pillage du cash généré par notre production, de la vente des biens immobiliers, des fonds à la formation et attribution de managements disproportionnés).

Bien que plusieurs rapports d'expertise syndicale furent réalisés pour le CE dans le cadre du droit d'alerte, bien peu entendirent nos inquiétudes et aucune instance ne mit fin à ce dépeçage malgré une première vague de 30 licenciements !!!

En octobre le couperet tomba, notre entreprise fut liquidée et de fait nous nous retrouvons à 320 sur la touche, jetés comme des "kleenex", victimes du manque de clairvoyance de certains ou du "j m'enfoutisme" d'autres, mais encore plus de la loi du fric tout puissant qui autorise une boîte américaine à vampiriser le dernier bassin d emploi d'une petite commune à son seul bénéfice, jetant autant de familles dans la spirale de l'incertitude et nouant de véritables drames humains!!!

Pas un jours depuis où "les thomé genot" (comme on nous appelle désormais) ne font la une par leurs actions coup de poing: : bloquage du centre de tri postal, de la gare, du centre de transports urbains, d'autoroute, du centre ville, de centres commerciaux, de cité adiministrative, conseil général, préfecture et palais de justice avec toujours un large soutien populaire dans un département qui souffre du chômage bien au delà de la moyenne nationale. Tout celà pour s'entendre dire de la bouche de la préfète " je n ai pas de remontées significatives de vos actions." .

Il ya aussi un point noir dans le dossier car dans les Ardennes le reclassement s'avère presque impossible au vu des difficultés qui s'accumulent dans la monoproduction ardennaise orientée depuis toujours dans la sous traitance automobile. Et ça se complique encore quand plus de 10% des emplois de la métallurgie départementale sont menacés et ce à court terme, quand chez Thomé Génot nous avons plusieurs membres d'une même famille licenciés en même temps ou quand Nouzonville dépasse désormais les 22% de chomeurs "officiels" et que le tiers de la population vit dans la précarité !!!

Ce qui nous fait tenir désormais c'est ce besoin d être emsemble presque autant pour lutter (au delà mème du statut que nous avions dans la boutique) que pour retarder l'échéance qui arrivera où nous deviendrons des "ex thomé genot", ce moment où nous serons seuls.

Nos revendications sont peu entendues pour l'instant et pourtant elles sont simples. Nous exigeons 30 000 euros par licencié pour notre dignité, pour tourner le page et permettre aux familles de faire provisoirement face à ce futur catastrophique. Nous exigeons que les responsables de tout celà qu'ils soient américains ou non, qu ils aient pillé ou qu ils aient fermé les yeux, qu'ils savaient ou qu ils n'aient pas voulu savoir par négligence, soient amenés au grand jour puis soient obligés de payer la note ou de restitituer leurs butins. Nous exigeons qu' au vu de nos dossiers, des solutions de reclassement professionnel soient trouvées pour tous et trés vite.

Nous avons besoin de l'aide de tous pour que notre situation soit connue au delà du microcosme local, pour qu'enfin il ait une issue favorable. Il faut que la France sache ce qui se passe chez nous , que les temoignages de soutien affluent de partout pour que l' Etat et ses représentants retrouvent la vue et le coeur !!!

Y. Langrenez