INTERVENTION DE RENE VISSE
MONUMENT DES MANISES – 30-05-2015



Que ce soit à la clairière où furent assassinés les 106 Résistants du Maquis des Manises ou dans tout autre lieu de mémoire et d’hommage aux Résistants, les militants et élus communistes ont été de toutes les manifestations patriotiques, comme mercredi dernier au Panthéon.

Mais aujourd’hui, notre rassemblement devant ce Mémorial, à l’initiative de la Fédération des Ardennes du Parti Communiste constitue un événement exceptionnel et lourd de sens. Pourquoi ? Sinon pour quelques raisons majeures qui sont l’objet du présent propos.

Certes, nous sommes au cœur du 70éme anniversaire de la Libération de la France pour laquelle la Résistance unie a payé un lourd tribut. C’est cette Résistance à qui nous voulons rendre un hommage particulier qui a su non seulement s’unir toutes tendances confondues dans la lutte armée contre le nazisme, accélérant ainsi sa défaite mais également penser à l’avenir de la Nation en élaborant le programme porté par son Conseil National. Et quel programme !

Pour le résumé en quelques mots, nous pourrions dire qu’il est plus que jamais d’actualité dans son essence car ses principaux piliers sont par exemple la citoyenneté pour donner le pouvoir au peuple – le progrès social – les libertés – l’économie au service des êtres humains et de la Nation. Ce programme fût l’œuvre de toutes les forces patriotiques dans leur diversité. C’est de cette union exceptionnelle et de la ferveur populaire pour le soutenir qu’il connût même un début d’application avec un gouvernement d’unité nationale à la Libération. Brièvement, nous pourrions citer la mise en œuvre de la Sécurité Sociale que l’on nous présente de nos jours comme un luxe insupportable, ou encore le statut de la Fonction publique et cela dans une France exsangue. Ajoutons également l’entrée des femmes dans la citoyenneté avec le droit de vote jusqu’alors inexistant ainsi que la maitrise nationale de l’économie avec la nationalisation comme celle de Renault.

Dans l’hommage officiel au Panthéon le Chef de l’Etat a conjugué au présent le verbe résisté. Oui il faut résister. Encore et toujours. Bien que les circonstances ne sont heureusement plus les mêmes. Mais nous voulons résister avec l’héritage que nous a légué la Résistance. C'est-à-dire dans la plus large unité des citoyens rassemblés sur des objectifs humanistes et progressistes. Là est l’enseignement majeur que la Résistance nous a transmis et que nous voulons faire vivre. Le rassemblement de ce jour devant ce Mémorial en est le témoignage vivant. Nous aurions souhaité qu’il en fût de même au Panthéon. Malheureusement ce ne fût pas le cas. Il ne pouvait pas en être autrement puisque le Chef de l’Etat s’est positionné comme lors de l’annonce des Résistants retenus pour entrer au Panthéon, c'est-à-dire en partisan, lui aussi, d’une réécriture de l’Histoire. En effet en retenant les noms des 4 grandes figures de la Résistance le Président de la République a choisi de retenir la représentation de 3 mouvements seulement. L’un socialiste, l’autre gaulliste et la famille radicale. La composition réelle de la Résistance sur laquelle l’unité s’est réalisée n’était pas celle-ci. Dans la bouche de F. HOLLANDE, lui qui quelques jours plutôt avait osé assimiler le Parti Communiste au Front national, c'est-à-dire l’extrême droite, a volontairement passé sous silence la mouvance communiste. Notre objectif n’est à l’évidence pas d’engager une polémique ou de demander de prendre fait et cause en faveur du Parti Communiste. Non. Pour ce qui nous concerne, comme le journal de JAURES l’HUMANITE l’a si bien exprimé dans sa UNE de mercredi je cite : «  La Résistance a besoin de toutes ses couleurs ». Et pour ôter toute ambiguïté possible cette même page est barrée du drapeau tricolore. Quel objectif vise donc cette odieuse réécriture de l’Histoire ? Sinon celui de rayer l’existence même du Parti Communiste dans le travail de création de l’avenir de notre pays ? En gommant l’existence du Parti Communiste, de son rôle premier dans l’organisation de la Résistance, y compris dans l’organisation de la lutte armée, c’est une falsification historique. C’est l’héritage même de la Résistance qui est tronqué. En clair, il faudrait en finir une fois pour toute avec les valeurs portées par celle-ci pour annihiler l’efficacité des combats d’aujourd’hui. Cela nous ne l’accepterons jamais. D’autant que cette basse manœuvre a également pour effet de passer sous silence un apport particulier et décisif pour conduire au succès les combats qui relèvent de notre époque.

Mais en gommant le mouvement communiste le Chef de l’Etat commet une seconde infamie. En effet, il supprime également la participation de nombreux Résistants à l’œuvre libératrice. Je veux faire référence aux F.T.P. de la M.O.I. c'est-à-dire la fraction composée par l’immigration comme par exemple ceux sans doute les plus connus de « l’affiche rouge » le groupe de 23 Camarades dirigé par le communiste Missac MANOUCHIAN et qui furent assassinés par les nazis en 1944. Que devient alors l’aspect du programme de la Résistance consacré à l’antiracisme. Faudrait-il également le ranger au rayon des vieilleries ? En laissant place ainsi au déferlement de la haine des étrangers porté de nos jours plus particulièrement par les forces de l’extrême droite en France mais également en Europe ? De la sorte, toute union populaire puissante serait rendue impossible. Les puissants pourraient ainsi dormir tranquille.

Cet effort de réécriture nous le connaissons bien dans les ARDENNES puisque manquent sur le Mémorial du Plateau de Berthaucourt les noms de militants communistes assassinés par les nazis comme par exemple le Sedanais Lucien SAMPAIX ou l’ancien Maire de Joigny : Jules FUZELIER fusillé dès 1941, c'est-à-dire avant l’entrée en guerre de l’Union Soviétique mais dont l’audace fût de se dresser contre les odieux accords de Munich qui allaient donner lieu à la collaboration pétainiste et de se dresser contre le fascisme hitlérien. Et pourtant la liste initiale des Martyrs comprenait bien leurs noms comme ceux de quelques autres Camarades. Et que dire du non succès des efforts que personnellement j’ai engagé en 2010 et durant de nombreux mois auprès du Président de l’U.A.F.F.I. responsable du Mémorial pour obtenir réparation. Les arguments utilisés furent de la même veine que ceux que nous avons entendus de la part du Président de la République : on ne peut pas mettre tout le monde. Bien évidemment mais là n’est pas le problème. D’autant qu’il serait bien difficile d’expliquer comment on peut dissocier les deux


Résistantes entrant au PANTHEON de leur Camarade de déportation au camp de la mort de RAVENSBRÜCK, la résistance communiste Marie Claude VAILLANT COUTURIER.

Avec cette manifestation officielle c’est le discours du Président de la République sur l’unité nationale et l’antiracisme qui est plombé tout comme ses mots qui se voulaient forts concernant la fidélité à la Résistance et au devoir de résister. C’est pourquoi nous en appelons à la seule résistance qui vaille de nos jours : celle des Citoyennes et Citoyens. Ce que les forces patriotiques avaient réussi à forger dans des conditions extrêmes qui pourrait imaginer que cela soit hors de notre portée aujourd’hui ? C’est cette probabilité qui conduit certains à vouloir réécrire l’histoire. Et bien nous allons poursuivre nos efforts pour faire vivre avec efficacité les enseignements de la Résistance. Et ce avec toutes celles et tous ceux qui le voudront.

Enfin pour conclure je voudrais m’arrêter un instant sur un combat du présent puisque nous sommes à REVIN pour rendre un hommage tout particulier aux Résistants massacrés du Maquis des Manises. Avant tout, permettez-moi de saluer la présence de Madame la Présidente des F.F.I. de Revin. Oui, je veux le crier avec toute l’énergie qui m’habite encore en m’adressant au Gouvernement et au Président de la République : Quand allez-vous prendre des initiatives pour mettre fin à un véritable et intolérable scandale puisque la fondation créée par le sinistre MOLINARI, assassin des 106 maquisards, fondation qui porte toujours son nom, poursuit ses activités en Allemagne mais également en France et tout particulièrement en direction de la jeunesse. Faut-il rappeler que MOLINARI a fini en toute quiétude sa carrière militaire avec le grade de maréchal de la Bundeswehr ? Autant dire qu’il a bénéficié de très importantes complicités d’Etat aussi bien en Allemagne qu’en France où il s’est rendu à différentes reprises alors que le Tribunal de METZ l’avait condamné à mort par contumace le 13 avril 1951. C’est ce maréchal qui avait rejoint les rangs du S.P.D. le parti de droite de Mme MERKEL et qui est disparu en toute quiétude de sa belle mort.

En liaison avec la Fédération des Ardennes du Parti Communiste j’ai interpellé par écrit le Ministre de la Défense, J.Y. LE DRIAN le 30 juillet de l’an dernier. Ce Ministre à ce jour n’a jamais formulé le moindre accusé réception. Mais dans qu’elle République vit-on ? Après avoir saisi le groupe communiste à l’Assemblée Nationale et les Députés des Ardennes qui eux aussi se sont adressé à ce même ministre, ce dernier a continué à se réfugier dans le silence. Comment convient-il d’interpréter cette ignominie sinon comme un soutien favorable à la fondation molinari ! Les mêmes ont saisi le Président de la République qui lui nous a renvoyé vers le Secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants et de la mémoire. A ce jour, toujours rien de nouveau. Par contre Mme POLETTI a reçu une réponse de Laurent FABIUS, Ministre des Affaires Etrangères. Celui-ci a notamment écrit, je le cite : « Nous ne pouvons pas agir directement s’agissant d’une question qui relève de la compétence des autorités allemandes ». Mais il ajoute : « si l’occasion se présente, nous évoquerons ce sujet avec nos interlocuteurs allemands. Nous nous efforcerons d’obtenir des renseignements complémentaires ». Autant dire que tous ces dirigeants de notre pays ont un sens de leurs responsabilités qui les conduits à insulter concrètement la Résistance et ses martyrs alors qu’en parole c’est la flatterie. C’est tout simplement ignoble ! Mais nous ne nous arrêterons pas là.

Pour conclure, je voudrais lancer un appel aux Elus de ce département y compris aux deux Sénateurs qui étrangement sont restés eux aussi silencieux. Ce même appel je l’adresse également aux responsables d’associations d’Anciens Combattants, à toutes celles et tous ceux qui ont le sacrifice des 106 au cœur et qui n’acceptent pas que leur sacrifice soit bafoué, insulté je veux leur dire : Résistez. Faites vous entendre. Exigez de nos dirigeants qu’ils assument leurs responsabilités et que pour le moins honneur soit rendu aux 106 et que la fondation molinari cesse ses activités en France et que son nom soit banni.

Ainsi et seulement ainsi aurons-nous la conscience tranquille et sereine en rendant aux 106 Maquisards l’hommage que nous leur devons.