Le conseil régional et la formation des demandeurs d'emploi

Réflexions au moment du vote du compte administratif 2007 et du PRF 2008-2009
Les dépenses 2007 du conseil régional de formation des demandeurs d'emploi sont en très légère augmentation par rapport à 2006, mais pas tant que prévu, pas tant que nécessaire, au regard des besoins, et le budget a donc été exécuté à un taux inférieur à celui de 2006.
L'enquête sur le devenir des stagiaires du programme régional de formation professionnelle (PRFP)2006-2007 montre aussi un fléchissement des taux d'insertion dans l'emploi.   
Ces deux résultats, connus en ce mois de juin, ne sont pas une surprise pour moi : d'ailleurs le PRFP 2008 - 2009, présenté au vote du conseil régional le 23 juin, a anticipé ces résultats en modifiant des disposiitifs.
Certains s'articulaient mal avec les nouveaux dispositifs de l'ANPE, et ont donc peu été utilisés, mais les politiques de l'ANPE, de l'Etat, sont changeantes et imprévisibles. D'ailleurs, à l'heure actuelle, nous sommes dans l'incertitude la plus totale sur la politique de formation que mènera la NIPNI, la nouvelle institution publique non identifiée née de la fusion ANPE ASSEDIC.
D'autres résultats de ce bilan du PRFP étaient également prévisibles et témoignent du changement des publics en rapport avec la précarisation du travail : abandon de stage pour prendre un emploi et demande pour revenir en formation à la fin d'un CDD non renouvelé, difficultés sociales de plus en plus importantes. Tout cela va nécessiter des évolutions nouvelles, de l'inventivité !

L'avenir de la formation professionnelle ne peut être envisagé indépendamment de la réforme annoncée par N. Sarkozy, qui va nécessiter de nouveaux efforts pour contrebalancer cette politique néfaste.
La position de l'ARF, l'association des régions de France, n'est pas inintéressante (pour la lire, cliquez ici). Il est en effet inenvisageable que l'état décide de politiques qu'il fasse payer par les régions et si la décentralisation a un intérêt, c'est bien celui de rapprocher les lieux de décisions des citoyens. Le financement par contre doit être un moyen de corriger les inégalités territoriales, bref, tout le contraire de ce que fait la droite.
Je m'inquiète par contre de la volonté de l'ARF de se saisir de nouvelles compétences, comme celle de l'emploi. Cela peut être tentant dans la configuration politique actuelle, mais on ne bâtit pas la répartition des compétences sur une configuration ponctuelle et transformer la France en une série de forteresses régionales ne me tente pas !
Et l'idée de fonds régionaux permettant de financer la formation n'est pas stupide ! Ce qui rend cette idée inacceptable, c'est bien l'absence de toute garantie démocratique !
Un point de la réforme dont le danger n'est pas assez dénoncé, c'est la tentative pour baisser la participation des entreprises. Bien sur la formation continue en entreprise pose probléme, puisque ce sont toujours les mêmes qui en profitent, souvent déjà les plus qualifiés mais ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain, ne cherchons pas à faire de nouveaux cadeaux au patronat. La réforme devrait plutôt permettre que cet argent des entreprises serve à former les travailleurs précaires.
Pour revenir au PRF, il me paraít essentiel de citer quelques lignes de l'avis du CESR, le Conseil économique et social régional : "En fait, la procédure d’appel d’offres, censée faire jouer la concurrence, produit un effet inverse. On assiste de facto à une concentration des actions de formation sur quelques organismes de formation, créant ainsi un risque de monopole, au détriment de l’équilibre territorial et peut-être, à terme, de la qualité des prestations." Vous pouvez d'ailleurs lire l'intégralité de leur avis en cliquant ici et en allant lire les pages 44 et suivantes
Je partage totalement cet avis. Dans ce contexte d'ailleurs la volonté manifeste de l'Etat de vouloir mettre en concurrence l'AFPA au 1er janvier 2009 va encore aggraver la situation, tout en mettant en cause également la perennité de l'AFPA. Le manque de courage des conseillers régionaux UMP est d'ailleurs caricatural : ils ont voté la demande de prologation de deux ans de la convention tripartite Etat Région AFPA, afin de repousser de deux ans cette échéance et maintenant ils se taisent devant l'entêtement de la ministre Lagarde. Il est urgent que la formation puisse être reconnue comme un service d'intérêt général.

Le vote du PRF lundi 23 mai a aussi été l'occasion de présenter la charte du stagiaire et de l'apprenti, charte résultant d'un travail en collaboration du CESR et du conseil régional et qui doit représenter un véritable contrat moral entre les différentes parties et d'annoncer le choix de l'Ecole de la deuxième chance pour son antenne de Charleville Mézières, en sommeil après la liquidation judiciaire d'EFOR : ce sera l'AFPA.

Enfin a été voté lors de la session plénière du conseil régional un engagement de la région sur des projets de formation francobelges, dans le cadre de dispositifs INTERREG.
L'Europe a souhaité un engagement préalable du conseil régional, mais sa décision n'est pas encore prise.
A l'heure où le peuple irlandais vient de refuser le traité de Lisbonne parce qu'il rejette le manque de démocratie et la mise en concurrence des peuples (un bon vote !), il serait bon que les décisions prises par l'Europe sur INTERREG soit, d'une part démocratique et non technocratique et d'autre part ne témoignent pas de la loi de la jungle où les régions les plus peuplées écraseraient les autres. Les projets présentés par les Champardennais et les Wallons sont la continuité des projets financés antérieurement. Ils utilisent l'expérience acquise pour approfondir la coopération transfrontalière, rapprocher les fonctionnements de nos pays et nous savons tout l'intérêt pour notre région et tout particulièrement pour les Ardennes de mieux travailler avec la Belgique. L'expérience acquise est un élément essentiel pour développer l'innovation sur des bases saines !
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