Fête du P.C.F.

Revin le 6 juillet 2008


L'intervention de Jean Duterte






Chers amis, chers camarades,

Nous sommes heureux de vous accueillir à cette édition 2008 de la fête du Parti Communiste de Revin. Celle-ci se tient un peu plus d’un an après le maintien au pouvoir de la droite et l’arrivée à l’Elysée d’un homme symbolisant la volonté des tenants du capital de détruire tous les acquis sociaux et démocratiques du peuple français, de laminer tout espoir de progrès social et toute velléité de résistance à la course effrénée aux profits financiers.

Le bilan de quatorze mois de sarkozysme est désastreux pour l’ensemble du salariat, il est catastrophique pour les libertés publiques, il met en danger l’avenir du pays. Les seuls à se congratuler sont les acolytes du président qui s’engraissent sur le dos du peuple. A commencer par Sarkozy lui-même qui s’augmente de 170 %, alors que les smicards ne vont toucher que 8 centimes d’euros par jour d’augmentation au premier juillet. Ce sont ensuite les patrons  du CAC 40 dont on nous apprend qu’ils ont gagné 58 % de plus  cette année ! Et vous, combien avez-vous d’augmentation ? N’y-a-t-il pas là scandale ? Et ce n’est pas fini ! Le bouclier fiscal rapporte aux privilégiés par héritage quelques 15 milliards d’euros par an, annulant de fait l’existence de l’ISF réduit à peau de chagrin. Eux perçoivent des chèques de dizaines de milliers d’euros du fisc, quand nous n’avons le droit au même moment que de payer plus cher carburants, loyers, nourriture, de débourser toujours plus pour la santé, … Sarkozy avait promis qu’il serait le président du pouvoir d’achat : il est celui des fins de mois interminables et difficiles, des allocations familiales rognées, de la précarité accrue et du code du travail réduit en miettes. Les profits des multinationales et les dividendes versés aux actionnaires explosent. Ceux-là ne travaillent pourtant pas plus, puisque ce sont des rentiers qui justement vivent du travail des autres.







Sarkozy avait promis à « la France qui souffre » des lendemains radieux, des patrons voyous sanctionnés, des finances publiques gérées avec efficacité. Il suffisait, paraît-il, de travailler plus pour gagner plus et vivre heureux. Le masque tombe désormais et durement. Les patrons voyous se voient exonérés de toute poursuite judiciaire grâce à la dépénalisation du droit des affaires et ce sont les privés d’emploi que l’on montre du doigt, qui se voient chaque jour davantage assimilés à des privilégiés. Et au moins autant que d’autres en France, les salariés ardennais voient le rêve d’un avenir meilleur se transformer en cauchemar. Chaque mois au moins tombe une mauvaise nouvelle pour l’emploi industriel. Après le pillage de Thomé Génot à Nouzonville, c’est au tour des Lenoir et Mernier à Bogny et aux ouvriers d’Ardennes Forge d’être victimes de patrons escrocs ou incompétents. Les premiers n’ont eu droit qu’au mépris de l’UIMM fuyant ses responsabilités, les seconds devaient bénéficier d’un montage financier incluant une caution de 1,5 millions d’euros versée par le conseil général. Il ne restera des promesses électoralistes de l’UMP M Ravignon que la facture à payer par les contribuables et 55 salariés au chômage. A Regniowez, l’arrivée de GTS automotive en 2006, annoncée à grands coups de publicité à l’époque par le conseil général de droite, devait symboliser la renaissance de Rocroi et amener de 50 à 100 emplois : cela se termine aussi en désastre : le conseil général a investi dans 6 kms de pistes, 6 bureaux et 3 ateliers, il a sponsorisé un rallye ... les loyers sont aujourd’hui impayés, et cela coûte cher !
Comme si cela ne suffisait pas, que plus de 2000 emplois perdus dans l’industrie pour les seules Ardennes depuis 2005 n’étaient par encore assez, c’est à Revin que l’avenir s’assombrit de nouveau. Alertés par les syndicats, les communistes revinois ont en effet décidé de tout tenter pour contrecarrer les projets néfastes de la direction d’Electrolux. Cette dernière a annoncé sa volonté de supprimer 4500 postes dans le monde. Les bureaux d’étude, dont celui de Revin, sont lourdement concernés. Le site de Revin dispose pourtant du savoir-faire de ses salariés et d’une capacité de production de 950 000 machines à laver par an. Cet outil industriel doit d’être utilisé, développé et l’emploi doit être maintenu. Les conseillers régionaux communistes ardennais Michèle Leflon et Sylvain Dalla-Rosa,  avec  tous les militants locaux du PCF, ont entamé un combat énergique contre ces menaces qui pèsent sur la ville. Ils ont réaffirmé au passage la nécessité de rétablir le fret SNCF. Les Lenoir et Mernier peuvent témoigner du soutien et de l’action de ces élus, quand tant d’autres acceptent comme une fatalité la chute des Ardennes.

La droite locale ose parler de département en pleine reconquête économique alors que sa propre presse comme le journal l’Express classe aujourd’hui le département des Ardennes au 96ème et dernier rang des départements en France. Elle  tente de masquer son bilan par des diversions peu crédibles, comme par exemple l’annonce d’un réacteur EPR à Chooz, quand bien même aucune étude préalable sérieuse n’a été menée. M Ravignon découvre, étonné que l’on licencie à la clinique de Revin, alors qu’il promettait le développement de celle-ci en 2007. Et c’est Ingrid Lempereur, candidate du PCF aux dernières élections cantonales, qui monte au créneau pour défendre les salariés concernés. Les élus UMP approuvent et accompagnent la casse des services publics qui va de pair avec la casse industrielle : fermeture de classes, de filières complètes dans les lycées. Dans leur grande lâcheté, ils tentent vainement d’en faire porter la responsabilité sur la Région. La fermeture du tribunal de Rocroi s’est accomplie avec la bénédiction du maire et conseiller général UMP M Sobanska. Ce sont aussi la fermeture  du CEC de Givet et le départ du 3ème génie à Charleville. Les élus de droite font là mine de s’opposer, mais comment peut-on prétendre être contre ces suppressions et en même temps voter à l’assemblée toutes les lois et décisions de Sarkozy ? L’hypocrisie a des limites. Ils soutiennent en effet la stratégie atlantiste et le soutien servile de Sarkozy à Bush dans ses croisades guerrières. La réforme de la nouvelle carte militaire annoncée en France n’a en effet rien de pacifiste : elle accompagne au contraire le retour dans le giron de l’OTAN et l’abandon d’une diplomatie française libre et indépendante. Le général de Gaule lui-même doit se retourner dans sa tombe. Et cela nous rappelle cette phrase toujours actuelle de Marx : « le capitalisme amène la guerre comme la nuée amène l’orage ».

La politique de Sarkozy et de Fillon est aussi constituée par un recul sans précédent de la démocratie, de la laïcité, des libertés individuelles et collectives. Le nouveau traité européen initié par Sarkozy, traité qui consiste à faire rentrer par la fenêtre la constitution européenne de Giscard que les français avaient chassé par la porte le 29 mai 2005, est à cet égard un cas d’école. Jamais un gouvernement, même les pires, n’avait ainsi osé depuis la Libération bafouer de telle façon la souveraineté populaire. Contrairement à ses prétentions monarchiques, Sarkozy n’avait pas de par son élection de légitimité constitutionnelle l’autorisant à imposer ce traité. Il est grave qu’une majorité de parlementaires socialistes l’ait soutenu dans ce forfait antidémocratique : ils ont dangereusement renié leur engagement des élections législatives de 2007 de contraindre Sarkozy à un nouveau référendum, alors qu’ils avaient la possibilité numérique pour bloquer la majorité des trois cinquièmes à Versailles.
Il est des plus inquiétant pour la démocratie que ces mêmes parlementaires PS s’apprêtent à apporter de nouveau leur soutien à Sarkozy concernant la réforme des institutions françaises. En effet, celle-ci ne vise qu’à étouffer la diversité politique en France en imposant un bipartisme de fait et en renforçant la dimension monarchique de la constitution de la cinquième république avec une aggravation lourde de la présidentialisation du régime. Est-ce là le rôle d’un parti d’opposition que de servir ainsi la soupe au maître absolu du pouvoir ?
Mais les méfaits de Sarkozy ne s’arrêtent pas là. Le tout s’accompagne d’un fichage accru de catégories croissantes de citoyens, jusque dans le système scolaire : on a vu ainsi cette année des élèves de CM2 abusés par un questionnaire scandaleux lors d’évaluations scolaires, avec des questions portant sur l’origine des parents, la langue parlée à la maison, et ainsi de suite. Une telle inquisition est inacceptable. On pourrait évoquer aussi la généralisation de la biométrie pour les papiers d’identités, la gestion exclusivement répressive des questions de délinquance ou de criminalité. La dimension sociale de ces problèmes est systématiquement niée par le pouvoir actuel : la surenchère dans la répression se révèle en réalité incapable de contrebalancer l’effet des inégalités sociales accrues, du recul de la présence de l’Etat dans ses dimensions protectrices et éducatives, de l’individualisme et de l’égoïsme générés par la destruction délibérée des solidarités et de la mixité sociale. Le maintien à vie sans jugement derrière les barreaux des multirécidivistes, au-delà des peines prononcées, peut sembler rassurant à beaucoup. Mais cette mesure masque mal l’incurie des moyens attribués à la justice pour le suivi de tels criminels, et ne règle rien au bout du compte car elle ne traite que des effets et non des causes. Plus grave encore, elle introduit dans le système judiciaire une dimension arbitraire qui risque fort, si nous n’y prenons pas garde, de concerner à l’avenir chacun d’entre nous.
Mais ce n’est pas le seul aspect de la politique antidémocratique de Sarkozy. Sa main-mise sur les grands médias que possèdent ou contrôlent ses plus proches amis ne cesse de croître. L’annonce de la suppression de la publicité sur le service public ne vise qu’à l’étouffer, à le faire disparaître et à enrichir au passage la famille Bouygues et compagnie. L’AFP se voit sermonner pour peu que l’agitation perpétuelle du roi de France ne soit pas présentée sous un jour suffisamment favorable.
La répression anti-syndicale ne risquera ainsi plus d’être évoquée, l’accaparation des richesses par un dix-millième de la société sera mieux masquée, les scandales financiers seront bien étouffés, les grévistes seront encore plus assimilés à des criminels preneurs d’otage, les chômeurs toujours plus identifiés à des fainéants, les jeunes à des individus systématiquement dangereux, les retraités comme des bouches coûteuses à nourrir, les malades comme des charges inutiles, les immigrés comme les responsables de tous les maux, la propagande sécuritaire se fera toujours plus forte. Et le parti communiste français se verra toujours plus censuré dans les grands média audiovisuels, comme l’atteste les mesures des temps de parole. Par contre, les grands patrons et les actionnaires sont présentés tels des saints bienfaiteurs d’une société devenue moderne, car ayant renoncé au progrès humain et social.
C’est tous les jours que la télévision nous impose l’icône présidentielle, une vision pipolisée et dénaturée de la politique réduite à un discours bien-pensant sans contestation.

Mais les brosses à reluire s’usent vite à force de tant servir. Et cette propagande à sens unique qui rappelle à bien des égards celles utilisées par les régimes fascistes ne peut définitivement masquer la dure réalité des faits : transformer la baisse du pouvoir d’achat en argument publicitaire ne peut éternellement consoler de la stagnation des fiches de paye ou des lettres de licenciement.
Et le rejet de la politique actuelle commence à s’exprimer dans les urnes. Sarkozy et l’UMP ont subi une lourde sanction électorale au printemps. De plus, les élections locales récentes ont révélé à la grande surprise de beaucoup la bonne tenue du PCF. Ses scores aux cantonales dans les Ardennes sont souvent en forte progression, avec 15 % à Revin pour Ingrid Lempereur. Nationalement, le PCF est à l’issue de ces élections la troisième force politique du pays.
D’autre part, l’explosion des conflits sociaux et des grèves, portant souvent sur les salaires, en particulier dans le secteur privé, atteste de la déception face au pouvoir actuel, de l’exaspération croissante et du mécontentement de nombre de salariés. Notre département a vu se dérouler nombre de manifestations, souvent bien fournies, où se sont retrouvés salariés du privés, fonctionnaires et lycéens. Revin a vu ainsi près de 250 personnes protester contre des fermetures de classes. Tous les thèmes sont abordés dans les revendications : développement de l’emploi, retraites, salaires, conditions de travail, 35 H, … Tous ces mouvements ont encore besoin pour gagner en audience et en efficacité, de converger.
Pour être conquérants, ils ont, en ce 40ème anniversaire de mai 68, besoin d’un débouché politique. Loin de considérer les manifestants comme des traîne-savates insuffisamment mobilisés, dixit Olivier Besancenot, le Parti Communiste Français veut au contraire par ses propositions et son action contribuer à renforcer et faciliter l’expression des citoyens, contribuer à créer une véritable alternative politique à gauche. Les communistes ne peuvent accepter l’ultralibéralisme, et le capitalisme en général, comme un horizon indépassable. La nouvelle déclaration de principe du PS est à cet égard très inquiétante, car elle accepte le marché comme principe de société, et n’envisage plus la transformation du système, même par la voie réformiste. Or les régulations mises en place par les sociales-démocraties occidentales ont historiquement toutes volé en éclats sous les coups de boutoir du capital. Et les communistes ne peuvent supporter d’attendre comme le font les dirigeants actuels du PS la lointaine échéance électorale de 2012 pour agir et barrer la route aux projets de Sarkozy et du MEDEF, car ils considèrent que la politique actuelle est trop dévastatrice, trop néfaste à tous pour qu’on puisse en supporter les effets dévastateurs jusque-là. Les campagnes d’affiches et les distributions récentes de tracts à Revin, notamment devant Porcher et Ardam, hors période électorale, témoignent localement de cette volonté nationale du PCF de proposer et faire partager leur volonté transformatrice de la société et de l’économie. Ils ne peuvent se contenter d’une contestation stérile, fuyant la réalité de l’exercice du pouvoir, et l’isolement dans l’action par volonté de garder une incertaine pureté théorique. C’est parce qu’une telle attitude ne menace en rien le système que Besancenot et les siens bénéficient d’une telle exposition médiatique. C’est parce qu’il y a urgence que les communistes français, et de Revin en particulier, sont en permanence dans l’action. Etre utile au peuple, être un outil pour la défense de intérêts des gens, promouvoir de nouvelles conquêtes sociales et démocratiques, c’est la raison d’être du PCF et de sa section revinoise.
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