Deux nœuds à délier,
celui de la gestion de la société communiste
et celui du rassemblement.

L'échec de la gauche en 2002 avait pu paraître conjoncturel ; 2007 a confirmé l'absence d'adhésion populaire à une ( des ?) politique(s) sans véritable projet et cet échec, c'est aussi l'échec du parti communiste. Le vote utile a joué, mais ceci ne doit pas cacher l’essentiel : les différences entre socialistes et communistes ont été estompées dans la conscience populaire par l'histoire récente et de ce fait, le vote à gauche, un vote contre Sarko et non un vote d’adhésion à un projet, n’avait que faire de nuances connues des seuls militants.

Le XXème siècle a vu successivement s'effondrer les rêves portés par les deux composantes de la gauche issues du congrès de Tours :
- Le rêve communiste s'est effondré avec le mur de Berlin. La réintroduction du capitalisme en Chine a fait le reste.
- Quant au rêve d'aménager le capitalisme, il était déjà malade ; Jospin l'a tué : entre privatisation et main tendue au patronat lui permettant de récupérer à son profit ce qui aurait pu être l'avancée des 35 heures, le peuple a bien compris que les patrons retombaient toujours sur leurs pieds.

Nous sommes à la fin d'une époque, celle née après 68, celle qui a voulu aménager le capitalisme. La démonstration est faite que le patronat ne laisse pas le peuple adoucir les méfaits du capitalisme, si ce n'est temporairement, pour mieux l'amadouer et le faire mieux servir ses profits ensuite.

Il nous faut donc bien dépasser le capitalisme si nous voulons une société plus humaine et si je disais tout à l'heure que le rêve communiste était mort avec la chute du mur, ce n'est bien sur que dans l'imaginaire d'un peuple marqué par le matraquage idéologique du patronat car il y a bien longtemps que les communistes ont fait une croix sur le modèle soviétique ou chinois et continuent à agir pour une société communiste, une vraie, pas de ces horribles caricatures.

Mais là où le bât blesse, c'est que cela reste un projet lointain, bien trop irréel et que nous avons réservé notre capacité à être concret à l'accompagnement d'un projet réformiste, sans issue.

Il y a pourtant urgence à faire gagner la gauche en France et dans le monde, les inégalités, l'exploitation de l'homme par l'homme étant le terreau des violences urbaines et de la guerre, sans parler de la casse de la planète. Cela ne se conçoit qu'autour d'un projet emportant l'adhésion populaire car, tout à la fois, faisant rêver, mais répondant aussi aux difficultés concrètes de la vie tout de suite.

L'émancipation humaine suppose l'arrêt de l'exploitation de l'homme par l'homme et cela ne peut passer que par la suppression de la propriété privée des moyens de production, et sans doute faut il ajouter à l'heure de la révolution informationnelle, des moyens d'information.

Mais, et c'est sans doute là le noeud du problème, comme gère-t-on ? Au prix d'un lourd tribut humain, les mécanismes du capitalisme ont permis un développement sans précédent des possibilités humaines, développement très contradictoire d'ailleurs car le capitalisme est aussi un handicap, qu'il s'agisse de mobiliser les possibilités de tous les hommes, de partager les informations ou de préserver la nature et c’est d’ailleurs tout cela qui le condamne.
La concurrence est actuellement le moteur du développement et le marché le régulateur (à quel prix !). Cette libre concurrence, exacerbée dans le cadre de la mondialisation, avec la mise en concurrence des salariés des différents pays, le peuple n'en veut plus, comme en a témoigné le non au référendum sur la constitution européenne.

Quel moteur, quel régulateur mettre à la place ? L'échec du « socialisme réel » a de ce point de vue sans doute plus marqué les esprits que nous ne l'avons imaginé, car à côté de l'assimilation du mot communisme à celui de stalinisme, assimilation sur laquelle il est facile de répondre, reste l'idée dans beaucoup  d'esprits de l'impossibilité de remplacer le marché. Le dépassement du capitalisme nécessite en effet de substituer à la jungle du capitalisme dominé par la loi du plus fort, une, des organisations permettant le respect de la valeur du travail de chacun et l'accès de tous aux moyens d'une vie digne. Sans doute, le moteur du développement doit devenir la coopération et le régulateur la démocratie, bien évidemment à tous les niveaux, du local au mondial. Mais ceci reste très général et nécessite recherches théoriques et mises en œuvre concrètes. Des pistes existent déjà : en vrac pôle bancaire public, services publics rénovés, économie sociale et solidaire, sécurité emploi formation ... Il faut les mettre en cohérence et surtout traduire par des applications concrètes pouvant donner lieu à des luttes victorieuses dès maintenant avec des conséquences tangibles sur la vie des gens, et la démonstration que la démocratie peut être un meilleur régulateur de l’économie que le marché.

Cela suppose de s'appuyer au maximum sur les politiques des collectivités où nos élus doivent être force de propositions sans compromis quel qu’ils soient avec les exploiteurs.

Cela suppose de rassembler largement, jusqu’au rassemblement majoritaire dans les luttes et dans le débat politique et là se situe sans doute le deuxième nœud qu’il nous faut dénouer : comment rassembler majoritairement, sans abdiquer notre idéal révolutionnaire car c’est bien dépasser le capitalisme que nous voulons, et non l’aménager. Cela ne peut se régler par un jeu d’alliances politiques (Sauf sans doute quelques cas particuliers, l’expérience des collectifs n’a été qu’une forme dégradée d’alliance politique, les partis politiques étant remplacés par des groupuscules et des personnalités qui ne représentaient qu’elles-mêmes) et c’est bien vers des alliances de classes qu’il faut se tourner, ce qui suppose de reprendre une réflexion abandonnée sur ces questions. Réflexions théoriques et actions doivent permettre de mettre en mouvement, non pas quelques individus « éclairés » mais bien l’ensemble des couches sociales de notre pays qui ont intérêt à un changement révolutionnaire et elles sont majoritaires.

Salariés du privé, salariés du public, exclus du monde du travail, jeunes en formation, artisans, petits commerçants, agriculteurs, les raisons sont multiples du rejet du système économique actuel en fonction du niveau des revenus, des aspirations en lien avec la culture acquise, de la reconnaissance accordée par la société. Là où la bourgeoisie joue sur la mise en concurrence et l’opposition, il nous faut travailler à la convergence des luttes, sans concession sur nos objectifs de transformation radicale de la société, mais sans avoir peur de mouiller la chemise avec tous ceux qui, sur un sujet ou un autre, se mobilisent. Le Parti Communiste doit rester le lieu de mise en cohérence de ses aspirations à la lumière du matérialisme historique, le lieu d’élaboration d’un projet politique en construction permanente pour répondre aux attentes de tous ceux qui ont intérêt au changement, sans céder à la facilité. Il doit redevenir un lieu d'éducation populaire, dont le marxisme n'est pas absent. Les communistes doivent être, avec leurs élus, les catalyseurs de la construction dès aujourd’hui d’une société de solidarité, en rupture avec la mise en concurrence des femmes et des hommes entre eux, les ferments d’une nouvelle démocratie qui se donne les moyens de dépasser le marché et de s’approprier collectivement les moyens de production pour contrôler un nouveau développement économique, au service de la satisfaction des besoins humains aujourd’hui et demain.

La place de chacun dans la société est bien déterminée par sa place dans les rapports de production : argent, reconnaissance du travail accompli, le patronat avec Sarkozy a bien compris le rôle central de la question du travail. C'est un paradoxe qui montre la nécessité de revenir aux fondamentaux du marxisme pour écrire le projet d’une société sans aliénation où la démocratie donne aux hommes et aux femmes les moyens de contrôler le développement de la société sans s’en remettre à la main invisible du marché ( la main des capitalistes), les moyens d’un communisme du XXIème siècle.