Mettre en oeuvre une stratégie communiste
de transformation de la société !


Voici une contribution plusieurs fois transformée pour tenir compte de toutes les autres (et vous m'excuserez de ne pas les citer ; la plupart ont contribué à préciser ma réflexion !). Ces modifications successives ont plutôt allongé le texte, malheureusement pour sa lisibilité. Le but essentiel est d'essayer de préciser une stratégie communiste de transformation de la société avec son corollaire, les caractéristiques de l'organisation politique qu'il nous faut : un parti communiste doté d'un nouveau souffle !

Il y aurait sans doute encore du travail à faire pour mieux expliciter ma pensée (cela rallongerait le texte), pour mieux la synthétiser mais certains passages sont déjà plus allusifs que véritablement explicatifs.

Bref,  je vous livre cette réflexion telle quelle et j'attends vos commentaires !

Le 18 août 2008
Michèle Leflon


Le capitalisme sous sa forme ultralibérale serait il le terme ultime de développement de la société et faut il en adoucir les conséquences les plus brutales sur la vie des hommes et des femmes ou un autre mode d'organisation de la société est il possible et souhaitable ? Voilà sans doute la question fondamentale, avec son corollaire si le deuxième terme de l'alternative est retenue : quel autre mode d'organisation de la société et comment y parvenir.

Pour y répondre, il faut partir du réel. Sans reprendre un tableau complet de ce début du XXIème siècle, il parait intéressant de développer certains aspects : le capitalisme avec ses limites et ses contradictions, les obstacles au progrès humain comme la fragmentation de la société et la mondialisation sous sa forme libérale. Sans doute faut il préciser quelque peu l'objectif communiste avant de définir notre stratégie,  ce que nous attendons du parti communiste n'en étant que la conséquence.

I Le capitalisme : limites et contradictions.
Le mode de production capitaliste se heurte à l'approfondissement de ses contradictions. Sans vouloir en dresser un tableau exhaustif, quelques illustrations : la révolution informationnelle nécessiterait une élévation sans précédent de la formation, mais un salarié en formation n'est pas immédiatement rentable ! La complexification des modes de production nécessite le travail en commun, à l'opposé des intérêts privés et de la mise en concurrence des individus au sein d'une même entreprise ! La financiarisation de l'économie s'oppose à la nécessité d'investissements de plus en plus importants ! Le développement des sciences et des techniques a fait exploser les possibles sans que la majorité de l'humanité n'en profite, avec même la réapparition de famines !
Des contradictions d'un type nouveau apparaissent. L'utilisation exponentielle des ressources naturelles atteint ses limites : la planète est un monde clos ! L'appropriation privée de la gestion  des biens communs de l'humanité (eau, énergie), la recherche anarchique du profit maximum sans égards pour la diversité des espèces, la pollution de l'eau, de l'air, des sols multiplient leurs conséquences sur l'état de la planète avec un retentissement qui va croître sur les profits eux-mêmes.

II Une société fragmentée
De nombreux facteurs ont contribué à la transformation des mentalités ; le développement des sciences et des techniques a multiplié les possibles, possibles théoriques (inaccessibles pour l'immense part de l'humanité qui n'en a pas les moyens financiers) ou réels. Non seulement les possibles sont de plus en plus variés, nombreux, mais ils sont connus de plus en plus largement à travers le développement de l'information.
La révolution informationnelle a succédé à la révolution industrielle avec comme conséquence que les hommes et les femmes ont des aspirations de plus en plus diversifiées, des vies de plus en plus dissemblables à l'intérieur d'une même classe sociale : il y a eu un réveil explosif de la diversité en germe dans l'espèce humaine qui s'était pour l'instant surtout manifestée par la division du travail. Il y a ainsi une montée sans précédent d'une soif d'émancipation humaine, d'aspiration à « se réaliser ». Ceci s'accompagne de la conscience de plus en plus large, bien au delà de la classe ouvrière, de la nocivité du système capitaliste.
L'un des enjeux philosophique, éthique et politique majeurs du XXIème siècle réside dans cette question : les hommes gagneront ils leur émancipation chacun pour eux ou l'émancipation collective permettra-t-elle l'émancipation de chacun dans le respect de la différence de chaque individu ? Répondre oui au premier terme de l'alternative, c'est oublier que l'homme est un animal social et que ce qui fait l'humain, ce sont précisément les rapports sociaux. L'émancipation humaine ne peut passer que par une approche collective, mais une approche collective où c'est la complémentarité de toutes les individualités, de toutes les différences qui fait la richesse de tous. Le débat entre individuel et collectif est un débat vain mais le choix entre chacun pour soi et tous pour tous reste le choix politique majeur, le choix traditionnellement identifié comme étant celui entre la droite et la gauche. Il y a là un enjeu idéologique essentiel dans un débat où la droite et le capital viennent de marquer des points, faute de combattants, la gauche et en particulier la gauche communiste ayant baissé les bras. L'émancipation individuelle à travers le collectif, ce n'est bien évidemment pas le kolkhoze, encore faut il l'expliquer dans une société où le capitalisme, à défaut de pouvoir témoigner de sa capacité à développer un monde meilleur, table sur la fin des solidarités de classes pour se maintenir et agit pour la fragmentation de la société, l'opposition des luttes catégorielles entre elles lui permettant de rester maître du monde, l'anonymat de la financiarisation aidant à la perte de repères. Certains agents du libéralisme savent aussi s'appuyer au moins partiellement sur les mêmes valeurs et les mêmes analyses que ceux qui s'y opposent.
Ce n'est pas mon but dans cette contribution, mais il nous faut analyser certainement davantage tous les freins au changement, toutes les transformations sociales. Je voudrais juste dire un mot du rapport à l'école, au savoir. La prolongation de la scolarité l'a vraisemblablement modifié ; nous sommes passés d'une classe ouvrière qui quittait l'école à 14 ans, la tête haute, et qui aspirait à la connaissance, à des jeunes qui quittent l'école par l'échec en rupture individuelle avec la société.

III La mondialisation
Utilisée comme un facteur de résignation, elle offre aussi des potentialités nouvelles pour le changement.
"Prolétaires de tous les pays, unissez vous !" est un mot d'ordre d'actualité.
Comme la société française, le monde est fragmenté. L'hégémonie américaine, patrie emblématique du libéralisme, mais surtout dont la monnaie se veut la monnaie de référence, est mise à mal.
La mondialisation capitaliste et la domination des marchés financiers, malgré le matraquage des médias en leur faveur, développent des tendances de plus en plus contradictoires.
La classe possédante utilise le monde entier comme son terrain de chasse, les nouvelles technologies étant là pour aider à la spéculation, contrairement aux investissements nécessaires.
C'est dans le désordre que les résistances se font jour et à l'échelle mondiale comme en France, le capitalisme utilise le désespoir né des inégalités qu'il crée pour retourner la violence engendrée à son profit.
Au passif de la transformation sociale, on peut mettre l'intégrisme religieux chrétien ou musulman, le développement d'une économie de marché en Chine, le traité européen ...
Mais bien des éléments peuvent aussi être inscrits à l'actif d'un monde progressiste : tous les mouvements de résistance à l'oppression dans le monde, les succès des politiques progressistes en Amérique du Sud avec même des éléments très concrets pour lutter contre le capitalisme en le prenant à son propre jeu, comme la création de la banque du Sud, la création de Die Linke en Allemagne  ... mais aussi l'élévation du niveau de l'éducation, frein à des dérives dictatoriales, le développement des communications, d'internet...

IV Un moyen et un but  : le communisme
Etape historique de développement humain, le capitalisme est un mode d'organisation de la société, source d'inégalités et d'oppression. Des tentatives ont déjà été faites dans deux directions, d'ailleurs schématiquement résumées par les options prises en 1920 au congrès de Tours :
- le socialisme réel des pays de l'Est n'a pas trouvé la voie de la démocratie. L'expérience chinoise se traduit aussi par l'échec d'un développement non concurrentiel.
- la social démocratie a échouée faute de changer le système économique ; elle a seulement permis au capitalisme de surmonter certaines de ses contradictions en rendant plus facile l'acceptation par la population de certaines réformes.
C'est seulement en remplaçant la main invisible du marché, mettant en concurrence les hommes entre eux, par une intelligence collective à la recherche des moyens de la satisfaction des besoins de tous, qu'un monde meilleur sera possible. Cette intelligence collective nécessite un essor sans précédent de la démocratie pour gérer une société où la fin de l'appropriation privée des biens communs de l'humanité et des moyens de production essentiels à la satisfaction des besoins permettra une économie au service de tous, dans le respect des différences. L'émancipation humaine est toute à la fois  nécessaire à cette société nouvelle, permettant de mettre au service de l'intelligence collective, la contribution de chacun mais en sera aussi la conséquence. L'émancipation humaine, moyen et but, suppose la lutte contre toutes les dominations limitant la participation à l'intelligence collective. Le féminisme est ainsi une lutte émancipatrice indissociable ment lié au chemin vers une société communiste, au même titre que la lutte contre les dominations économiques.
Seule cette émancipation humaine permettra de sauvegarder la planète car le respect de l'environnement ne peut s'accommoder de la recherche de profits maxima.

V Quelle stratégie ? 
La droite a gagné une bataille idéologique. Elle n'a pas gagné la guerre !
Mais cela veut bien dire que c'est en abdiquant sur le champ idéologique que la gauche a perdu et que ce combat idéologique est essentiel dans notre société où la majeure partie de nos concitoyens est persuadée de la nocivité du capitalisme mais se laisse abusée par l'idée qu'il n'y aurait pas d'autres perspectives. Peut être avons nous mésestimé les conséquences de la chute du mur de Berlin : nous avons largement analysé, dénoncé, les atteintes à la démocratie, mais ce n'est pas cela qui a peut être le plus marqué la conscience populaire, c'est sans doute plutôt la notion d'échec, trop assimilé à un échec définitif de toute tentative pour sortir du régime capitaliste.
Notre stratégie doit donc avoir pour but de démontrer dans la théorie et dans la pratique que, non seulement le capitalisme est mauvais, mais qu'il est nécessaire et possible de le dépasser.
Comme dans un puzzle, il nous faut mettre en place, pièce après pièce, des lieux de gestion démocratique  comme de nouveaux droits des salariés à l'entreprise, des services publics rénovés dans la gestion desquels usagers et salariés trouvent leur place,  des fonds régionaux pour l'emploi et la formation ..., des lieux où faire l'apprentissage de l'intelligence collective, des lieux de propriété collective des moyens de production, des lieux d'émancipation. Comme dans un puzzle, les premières pièces sont difficiles à mettre mais les suivantes gênent pour retirer les premières et la fin s'accélère en un véritable bon qualitatif. Historiquement, les communistes français ont déjà mis de telles pièces au puzzle qu'il s'agisse du "communisme municipal" ou de la sécurité sociale dont chacun reçoit , recevait plutôt, en fonction de ses besoins. A nous de conforter ces pièces, d'y poser celles adaptées à ce début du vingt et unième siècle, des pièces qui peuvent être aussi variées que le sont les aspirations de la société fragmentée de notre époque, mais des bonnes pièces, pas des faux teintés d'idéologie libérale qui s'emboitent avec les profits capitalistes. Ces pièces doivent permettre de faire l'expérience d'une démocratie nouvelle, elles doivent permettre de démontrer la capacité populaire à la gestion et de ce point de vue, il convient d'attacher une place toute particulière à l'économie sociale et solidaire, mais sans doute faut il aussi expérimenter de nouvelles formes de propriété collective autour des collectivités territoriales, permettant facilement de faire l'apprentissage de la gestion démocratique. Toutes ces pièces doivent être un moyen de faire progresser l'intelligence collective, un moyen d'émancipation.
Qui rassembler pour faire toutes ses expériences : tous ceux qui le souhaitent, mais en s'attachant tout particulièrement à rassembler ceux qui ont le plus à gagner d'un changement de société qui sont souvent aussi les plus vulnérables à l'omniprésence de l'emprise idéologique libérale, ceux qui ont le plus besoin d'expérimenter par la pratique la capacité à se sortir de la main invisible du marché, en sachant que l'on en fera pas pour eux – cette démarche étant vouée à l'échec – mais avec eux, à l'allure qu'ils décideront, un des premiers buts étant de reconstruire les solidarités.
Faire ces expériences ne pourra bien sur réussir que dans le cadre de luttes rassemblant largement, défensives et offensives, permettant aussi de remettre en cause l'idéologie ultralibérale.
J'ai parlé de stratégie, je n'ai pas parlé de tactique électorale. Notre conduite dans les élections ne doit être que la conséquence d'une stratégie plus globale, avec les gens, pas avec les organisations politiques. Nous avons besoin d'élus dans l'opposition pour contribuer à la bataille idéologique. Nous avons besoin d'élus en position de construire,  de mettre en place de véritables pièces de notre puzzle. Si une alliance électorale permet de construire, ici un service public de l'eau, là une véritable expérience de gestion communale participative, elle est bonne. S'il ne s'agit que de battre la droite et d'adoucir le capitalisme en contribuant à la résignation, mieux vaut sans doute s'en passer. Il s'agit uniquement de questions tactiques.

VI Quelle organisation politique ?
C'est en fonction de tout ce qui précède que doit être définie l'organisation politique dont nous avons besoin : si nous voulons proposer, construire, l'organisation ne peut être un simple rassemblement antilibéral, car le but n'est pas de contester, il est de transformer la société, il est de construire le communisme. Il nous faut une organisation capable de mener une bataille idéologique à la hauteur de celle de la droite, s'inspirant du marxisme, capable d'inventer des solutions nouvelles, à même d'agir, ce qui suppose de développer la formation des militants, le bouillonnement d'idées, de se donner des règles de fonctionnement et d'actions permettant l'efficacité. Il faut effectivement donner un nouveau souffle au parti communiste, pour qu'il soit à la hauteur des enjeux du début du vingt et unième siècle, pour qu'il puisse proposer des solutions communistes, prendre toute sa place dans le combat idéologique sans oublier de refaire de l'éducation populaire. Ce parti doit permettre à ses membres de vivre le communisme en son sein, ce qui suppose aussi un effort pour que les relations entre communistes soient à la hauteur des idéaux. Malheureusement les difficultés des dernières années ont aussi eu leurs conséquences sur la convivialité dans le parti, ce qui n'est pas toujours de nature à attirer les jeunes ! Une réflexion, des expérimentations, sur les notions de pouvoir au sein même du parti, seraient sans doute les bienvenues.
Il y a un travail en interne à faire dans le parti. Il faut également le situer dans le paysage de la gauche, dans le rassemblement antilibéral. Le parti guide au centre du rassemblement est une image du passé. Le PCF doit être un noeud du réseau multiforme des résistances et des constructions. A nous d'en faire un gros noeud dont les idées éclairent largement l'ensemble du réseau, un noeud avec des liens directs avec tous les autres noeuds, un noeud dont la mise en vibrations a des répercussions sur tout le réseau, mais il ne peut se fondre avec le réseau sans en affaiblir le fonctionnement. Seul un parti communiste est capable de mettre en oeuvre une stratégie communiste de transformation de la société. Ceci n'exclut pas la participation à tous les rassemblements de résistance, tout au contraire, les communistes doivent y être comme des poissons dans l'eau, sans sectarisme, en y faisant tout pour que ces rassemblements soient les plus larges possibles, mais avec leurs couleurs, en y mettant leurs propositions en débat. Ceci n'exclut aucun rassemblement tactique pour des élections et il y a urgence d'ailleurs à appeler au rassemblement antilibéral le plus large pour les élections européennes ! 
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