TRAVAILLER PLUS POUR GAGNER PLUS ???

Le slogan « travailler plus pour gagner plus », matraqué comme une publicité, a réussi à tromper de nombreux salariés. Les candidats de l’UMP vont continuer à le répéter pendant toute la campagne des législatives. Il est grand temps de faire un sort à cette affirmation stupide, aussi vieille que le capitalisme.

Augmenter le temps de travail a toujours servi à augmenter les profits, jamais les salaires. C’est, généralement, dans les pays, les époques ou les métiers où on travaille le plus qu’on gagne le moins. Les ouvriers gagnaient beaucoup moins dans les années soixante lorsqu’ils faisaient de 48 à 60 heures par semaine. Les quelques expériences récentes, en France comme en Allemagne, le prouvent une fois de plus : avec un odieux chantage à l’emploi, la durée du travail a été augmentée dans une série d’entreprises sans un sou d’augmentation de salaire.

Dans le meilleur des cas certaines entreprises payent les heures supplémentaires lorsqu’elles sont effectuées ponctuellement. Mais lorsqu’il s’agit d’accroître la durée du travail de manière permanente, l’éventuelle augmentation de salaire est vite rattrapée par le freinage des augmentations annuelles du salaire de base. A l’arrivée les ouvriers et employés sont les dindons de la farce.

Mais il y a mieux, si l’on peut dire, car pour des millions de salariés les heures supplémentaires ne sont plus payées du tout depuis longtemps :

D’abord avec la pratique, très répandue, des dépassements des horaires sans aucun supplément de salaire. Tant de salariés, dans le commerce, les transports, la restauration…. subissent ces vols quotidiens de temps de travail par crainte du licenciement. Est-ce que les patrons concernés vont, pour faire plaisir au Président, se mettre à payer, même à tarif réduit, des heures qu’ils ne payent pas du tout aujourd’hui?

Le non paiement des heures supplémentaires a d’autre part été légalisé avec le fameux forfait jours inventé par Martine Aubry. Avec le forfait on ne compte plus les heures, on ne risque donc pas de les payer. Monsieur Sarkosy compte t-il abroger ce forfait jours avec lequel cadres et agents de maîtrise font 45, 50 voir 60 heures et plus par semaine ? Ce serait étonnant puisque le gouvernement dont il était membre a étendu ce système potentiellement à tous les salariés.

Le non paiement des heures supplémentaires a encore été légalisé avec l’annualisation du temps de travail. Vous faites, quand il y a une charge de travail importante, 48 heures dans la semaine, mais vous n’êtes pas payé en plus, vous récupérez en repos avec une semaine à 32 heures quand il y a une charge moins importante.

Demandez donc au candidat UMP de votre circonscription s’il compte modifier la législation pour obliger les chefs d’entreprise à payer toutes ces heures supplémentaires ?

Et puis il y a tous ces travailleurs qui ne travaillent pas du tout ou trop peu : les 4 millions de chômeurs réels voudraient bien travailler plus, les 2 millions de femmes qui n’ont pas choisi le temps partiel et le subissent voudraient bien travailler plus, les intérimaires et CDD qui ne travaillent qu'une partie de l'année eux aussi voudraient bien travailler plus, ceux qui subissent le chômage partiel à répétition voudraient bien travailler plus. Les entreprises qui ont besoin d’embaucher vont maintenant dire à ces chômeurs et précaires qu’au lieu des les embaucher on va faire des heures supplémentaire parce que ça revient moins cher.

Le père fait des heures supplémentaires pendant que le fils pointe à l’ANPE !!

Demandez donc au candidat UMP de votre circonscription comment il va s’y prendre pour obliger les entreprises à embaucher au lieu des heures supplémentaires et s’il va proposer une loi supprimant le temps partiel contraint et l’intérim afin que ces travailleurs gagnent plus en travaillant plus ?

Il faut aussi savoir la réalité du temps de travail en France.

D’abord les entreprises sont déjà libres de faire travailler presque 40 heures avec le contingent annuel d'heures supplémentaires, porté à 220 heures par la loi Fillon et les députés de droite sortants. Elles peuvent même, avec un accord de branche ou d'entreprise, aller jusqu'à 44 heures par semaine.

Selon l'enquête faite en continu par l’INSEE auprès des salariés, la durée moyenne réelle du travail des salariés à temps plein est de 39 heures par semaine. Cette durée est le résultat moyen de ceux qui sont à 35 heures, de ceux qui sont à 39 heures, de ceux qui font de temps à autre des heures supplémentaires et de tous ceux qui font beaucoup plus tout le temps (restauration, transport, bâtiment, maîtrise et cadres….)

De plus, dans les cas où les heures supplémentaires sont payées, elles peuvent être supprimées du jour au lendemain et les salaires diminués bousculant les budgets familiaux.

« Le plein emploi » voulu par Monsieur Sarkosy et les candidats de la droite c’est la continuité du chômage, de la précarité et des bas salaires

Si on ajoute les salariés à temps partiel la durée moyenne est en France de 36 heures alors qu’elle n’est que de 32 heures en Grande Bretagne parce que derrière le prétendu « plein emploi » de ce pays cité en exemple, il existe des millions de salariés ultra précarisés avec des durées de travail de 8 heures par semaine, non comptés comme chômeurs.

C’est ce modèle britannique que la droite veut importer en France. D’un côté des millions de salariés travaillant beaucoup, 44 ou 48 heures, voire plus, mais le plus souvent sans majoration réelle de salaire et en tout cas sans garantie. De l’autre les millions de précaires licenciables à tout moment avec le contrat unique et des temps partiels imposés de plus en plus nombreux. Et pour imposer ce « plein emploi » l’arme fatale de la suppression des allocations de chômage à ceux qui refuseraient ces emplois au rabais.

Une aubaine financière pour les actionnaires, payée par les salariés avec leurs impôts.

La droite ne cesse de se lamenter sur le coût des 35 heures. Or il s’agit en fait des exonérations de cotisations sociales patronales réclamées par le Medef, initiées depuis 20 ans, augmentées par le PS mais étendues par la loi Fillon aux entreprises restées à 39 heures. Le projet de la droite alourdirait considérablement la facture. Beau tour de force : ils supprimeraient de fait les 35 heures mais les exonérations passeraient à 27 milliards d’euros !! Pas étonnant que 99 % des sympathisants du Medef votent à droite.

En effet quatre à cinq millions de salariés sont encore officiellement à 39 heures. Ils accomplissent donc 4 heures supplémentaires par semaine. Actuellement l’employeur paye des cotisations sur ces quatre heures. La détaxation des heures supplémentaires aurait pour effet immédiat un cadeau de 5 milliards d’euros à ces entreprises sans aucun effet sur l’emploi, cadeau qui ne profitera même pas aux PME puisque les grands groupes donneurs d’ordre aspireront le cadeau en baissant les prix de leurs sous-traitants et fournisseurs. La facture pour les budgets publics s’alourdira évidemment à chaque fois que de nouvelles heures supplémentaires seront effectuées.

Pour contribuer à éradiquer le chômage il faut au contraire généraliser les 35 heures avec embauches compensatrices et une nouvelle politique du crédit

Vous pouvez aller poser toutes les questions utiles au candidat de l’UMP de votre circonscription, mais vous perdrez sans doute votre temps. Par contre si vous rencontrez votre candidat communiste il vous dira qu’il défendra un projet de loi de sécurisation de l’emploi et de la formation dont l’un des volets consiste dans le droit aux 35 heures pour toutes et tous avec des mesures très précises comme :

  • les heures supplémentaires réservées aux pointes d'activités imprévisibles comme le prévoît d'ailleurs un accord interprofessionnel de 1995

  • l’abrogation du forfait jours qui conduit les cadres, agents de maîtrise et une partie des ouvriers et employés, à faire 48 heures, voire 60 heures et plus sans majoration de salaire

  • la réintroduction des pauses de courte durée dans le temps de travail effectif comme cela était le cas avant les lois Aubry

  • l’augmentation du pouvoir d’achat en portant le SMIC à 1500 et l’organisation de l'augmentation générale des salaires

  • la possibilité donnée aux femmes de gagner plus en supprimant le temps partiel contraint, avec un plafond par entreprise afin de réserver le temps partiel aux seules personnes qui le souhaitent.

  • inciter les entreprises à investir pour le développement au lieu de gaspiller en dividendes, intérêts bancaires et placements financiers : on recyclerait les 22 milliards d'euros d'exonérations de cotisations pour la prise en charge publique des intérêts des emprunts des entreprises lorsque ceux ci servent à des investissements utiles créateurs d'emplois.


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