Paul BOCCARA

Transformations et crise du capitalisme mondialisé.
Quelle alternative ?
La crise financière, la crise économique, appellent à des changements : refondation du capitalisme pour certains, les privilégiés du système actuel, ou pour d'autres, dépassement du capitalisme vers une société rejetant l'exploitation de l'homme par l'homme.
Dans ce débat, le livre de P. Boccara, publié en septembre de cette année, (et on remarquera l'anticipation de ce livre d'actualité !) fait des propositions : maîtriser pour aller vers le dépassement des marchés.
Lors des crises précédentes, il y a dévalorisation du capital pour en sortir avec des modifications de la structure et de la régulation du système (par ex., les nationalisations). La crise actuelle nécessite des transformations plus radicales, d'où des propositions de mixité : capitalisme/dépasssement.
Ce mélange de capitalisme et de structures plus progressistes, d'éléments de dépassement du capitalisme est source de débat : proposer de telles transformations est une piste réaliste d'évolution favorable de la société, mais c'est aussi une source potentielle d'échec : l'histoire est faite de récupération par les capitalistes des progrès sociaux pour leur avantage !
1° Dépasser le marcher du travail : par la Sécurité Emploi Formation (SEF)
P. Boccara propose  de retourner le principe du chômage en gardant les avantages des restructurations comme facteur d'évolution de la société évitant ainsi la sclérose du plein emploi des pays soviétiques ou l'immobilisme d'un revenu d'existence, tout en permettant l'émancipation humaine par une sécurisation de la vie.
Mais la  SEF se différencie de la simple sécurisation des parcours professionnels :
- car elle vise l'éradication du chômage
- car elle remet en cause le statut des entreprises en donnant le pouvoir de gestion aux salariés.
Il faut partir des situations concrètes pour proposer des mesures graduelles : on trouve à partir de la page 204 les éléments pour une loi de sécurisation de l'emploi. Chaque résident serait automatiquement affilié à un service public de sécurisation de l'emploi.
Sécuriser le marché du travail, c'est aussi augmenter les salaires et sécuriser les temps de la vie (revenu jeune, retraite).
Cela nécessite évidemment des avancées institutionnelles.
2° Dépasser les marchés financiers
Les crédits doivent être basés sur leur utilité sociale, d'où des propositions sur les FREF (fonds régionaux pour l'emploi et la formation), un pôle bancaire public, la BCE et une monnaie mondiale sur les principes des droits de tirage spéciaux (DTS) d'un FMI démocratisé.
Les impôts doivent être modulés (taxe sur les salaires et TP) en fonction de la responsabilité sociale. Les déficits sont licites : des déficits peuvent être stimulateurs de croissance et donc facteurs de rentrée fiscale ultérieure.
L'actionnariat salarié pourrait ne pas être source de dividende, mais de droits décisionnels
3° Dépasser le marché des produits et des services
Il faut de nouveaux critères de gestion basés sur l'efficacité sociale : moins de capitaux pour un même résultat.
Des critères de même type doivent être utilisés pour les services publics. la recherche de la qualité est génératrice d'économie.
L'apport de la participation des salariés et des usagers doit permettre de multiplier les critères d'efficacité sociale (économies de temps par exemple)
Par exemple, dans les hôpitaux : les malades doivent participer à leurs soins et non être objet de soin. La prévention est génératrice d'économies
Ce dépassement pose la question de l'appropriation sociale et P. Boccara propose de passer graduellement à la contre-offensive contre les privatisations avec des propriétés de type mixte ou publiques. 
La propriété privée n'est pas l'apanage du capitalisme : cf  l'esclavagisme. Ce sont bien des conditions structurelles qui définissent le capitalisme.
D'ailleurs, dans l'immédiat, des entreprises publiques ont des comportements de type privé.
Il faut inverser la réflexion habituelle, ne pas partir des moyens de production, mais des besoins sociaux à satisfaire (qui ne comportent d'ailleurs pas que de la production, mais aussi des services) car les conditions de propriétés doivent être relativisées par rapport aux conditions structurelles qui définissent le capitalisme.
Le dépassement du capitalisme n'est pas qu'un changement de propriété, mais un changement de structure et de régulation : la SEF fait partie de ces changements de structure.
Les défis environnementaux et de la révolution informationnelle poussent à de nouveaux critères de gestion. 
Que ce soit pour obtenir des crédits, pour payer impôts et cotisations sociales ou dans les choix de gestion (bien évidemment orientés par les éléments précédents), les mêmes impératifs reviennent : développer un emploi de qualité en favorisant élévation des salaires et développement des qualifications et préserver la planète pour les générations futures.
Mais le développement de l'emploi est à mon goût trop mis en avant par rapport au développement industriel et de services : le choix du type de développement industriel, de développement des services me paraît essentiel : je suis trop flemmarde pour vouloir développer le travail pour le travail ! La sécurité emploi formation, oui, mais il faut aussi insister sur l'amélioration des conditions de travail, le temps libéré, la préservation des ressources de la planète pour les générations futures, le choix des productions en fonction des besoins véritables et non créés par une publicité ravageuse !
La décroissance, prônée par certains, est une illusion de privilégiés. Trop d'hommes et de femmes manquent de tout sur notre planète. Mais il y a une différence entre une croissance permettant la satisfaction des besoins humains et l'hyperproduction de gadgets inutiles et polluants pour le plaisir de créer des emplois !
Il y a déjà des participations publiques de l'Etat (cf p 224 l'état des participations publiques de l'Etat) ou des collectivités : il faut s'appuyer sur ces participations pour envisager une autre gestion, permettant une mise en oeuvre concrète de critères d'efficacité sociale et une mixité des critères efficacité sociale/recherche profit.
P 230 est décrit l'exemple de la RATP au début des années 80 sous la direction de Claude Quin.
Les actions publiques peuvent être accompagnées de dividendes moindres mais de droits différents
Le rôle nouveau de la caisse de dépôts et consignation est ambivalent,  mais peut être un point d'appui, comme la place de l'Economie Sociale et solidaire ; le développement associatif est aussi complexe : il lui faudrait s'émanciper des groupes de pression liés aux intérêts installés.
J'ai retenu avec intérêt cette idée que j'ai découverte dans ce bouquin : des actions dans une société pourraient ne pas être toutes source de dividende. Certaines, propriété de l'Etat ou des collectivités, ou propriété des salariés de l'entreprise donneraient surtout des droits particuliers dans la gestion de la société. Cela éviterait les phénomènes d'auto exploitation des salariés liés à la participation et à l'intéressement.
Bien des fois revient dans ce livre le terme de changement graduels : comme tout à l'heure sur la notion de mixité capitalisme/dépassement du capitalisme, je m'interroge : ne faut il pas quelques bonds qualitatifs pour éviter tout retour en arrière ?
"Les objectifs affichés d'une zone de prospérité partagée ou plus précisément de co-développement et de projets concernant des services et Biens communs peuvent être opposés à un simple libre échange qui serait essentiellement mercantile, et dominé par les marchés financiers, sans les transformations sociales et politiques d'une construction radicalement mixte de maîtrise des marchés." 4° Dépasser le marché mondial
FMI et banque mondiale doivent être transformés pour le codéveloppement des peuples.
Pour remettre en cause la domination du dollar et des multinationales : les banques centrales pourraient acheter les actions des filiales américaines sur leur territoire.
P. Boccara développe deux exemples d'une autre construction internationale en pointant l'ambivalence et les contradictions de la situation acturelle, au niveau du projet euro-méditerranée (cf citation ci-contre) et au niveau du FMI : il peut s'agir, soit de transformation pour des dominations nouvelles, soit d'avancées de construction émancipatrice. Au niveau du FMI, cela suppose la suppression de la minorité de blocage des Etats Unis, et la remise en cause du rôle du dollar comme monnaie mondiale par une entente entre la banque de Chine, la BCE et la banque du Sud de l'Amérique latine. L'élément le plus fondamental d'une refondation du FMI serait la création d'une monnaie mondiale, dont les DTS sont un embryon.
Tout cela nécessite des avancées culturelles et éthiques considérables ! Le dernier chapître, avant un résumé, brosse le tableau des évolutions des classes sociales et de l'ambivalence des mutations en cours dans la société française, avec, en particulier les potentialités liées aux luttes contre la domination masculine, mais aussi à l'ambivalence du développement de l'individualisme, individualisme ou développement de la personnalité, favorisant l'intervention citoyenne.
C'est toute la question du mouvement nécessaire à des changements positifs de la société qui est posée par ce livre et sur lequel il veut agir : faire des propositions, car les projets et les espoirs de changement sont mobilisateurs, mais des succès dans la lutte pour l'émancipation humaine supposent une mobilisation nouvelle des peuples.
Ne prenons que l'exemple de l'idée des fonds régionaux pour l'emploi et la formation : ce pourrait être un outil de transformation et d'intervention nouvelle des salariés pour orienter le développement économique vers la satisfaction des besoins humains. Sans intervention citoyenne, ils ne sont qu'un outil de plus pour la reproduction des défauts de la production capitaliste et cette image n'est pas un facteur favorisant l'intervention citoyenne !
Retour au blog de Michèle Leflon