Michèle Leflon
15 août 2009
La formation professionnelle en Champagne Ardenne.
Bilan 2004-2009 et perspectives.


Le contexte

Bilan 2004-2009

Perspectives

I Le contexte

- Petit rappel sur les compétences en formation professionnelle

La formation initiale est de la compétence de l'Etat, hors apprentissage, formations sanitaires et sociales et compétences des régions sur les lycées (locaux, équipements, personnels TOS...)

La formation des salariés est financée par les entreprises, sous le contrôle des partenaires sociaux, avec une mutualisation par l'intermédiaire des OPCA.

La formation des demandeurs d'emploi (DE) est du ressort des conseils régionaux et de Pôle Emploi ; la fusion ANPE ASSEDIC a changé la donne : les ASSEDIC ne finançaient des formations que pour les DE indemnisés, Pôle Emploi s'adresse à tous les DE inscrits dans ses agences.

L'orientation, la politique de l'emploi, mais aussi la lutte contre l'illettrisme, la formation professionnelle des détenus sont des compétences de l'Etat.

Quelques abréviations utilisées dans ce document :
VAE : validation des acquis de l'expérience
DE : demandeurs d'emplo
OPCA : organismes paritaires collecteurs agréés
OF : organismes de formation
RPRFP : réseau public régional de formation professionnelle

- Les rapports avec les autres financeurs, Etat en particulier.

La période 2004-2009 a été marquée par deux grands changements :

1 La loi dite des libertés locales d'août 2004 : les régions ont la compétence totale sur la formation professionnelle (dans le cadre indiqué plus haut), alors que précédemment elles n'avaient en charge que la formation des jeunes. L'Etat a arrêté au 1er janvier 2005 deux dispositifs, les SAE (Stages d’Accès à l’Entreprise) et les SIFE (les Stages d’Insertion et de Formation à l’Emploi), sans compensations financières.

Cette loi, c'est aussi la décentralisation des formations sanitaires et sociales, le transfert aux régions du financement par l'Etat des stages qu'il finançait précédemment à l'AFPA, à échéance du 31/12/2008.

2 La fusion ANPE-ASSEDIC et la création de Pôle Emploi : les conséquences sur la politique régionale ont été indiquées ci-dessus.

Ces deux changements sont la traduction de deux étapes dans la politique du gouvernement, soulignant les difficultés et les contradictions de la politique ultralibérale de la droite et l'impasse dans laquelle elle est.

La loi de décentralisation de 2004 traduisait une étape importante dans l'abandon par l'Etat de tout ce qui n'est pas dans les compétences régaliennes. Tout en mettant fin à tout un pan de la solidarité nationale et en contribuant à mettre en concurrence les régions entre elles, la majorité UMP du parlement espérait diminuer les dépenses publiques. Le plan de cohésion sociale de la fin de cette même année 2004 était là pour faire croire à la solidarité nationale envers les plus démunis de notre société, un recueil de bonnes intentions démagogiques. Dans la droite ligne de la nouvelle décentralisation, il faisait appel aux initiatives des territoires, comme avec le lancement des maisons de l'emploi.

La création de Pôle Emploi traduit une reprise en main des politiques de l'emploi et de la formation par l'Etat: dans une situation d'aggravation des inégalités, le gouvernement a besoin de garder à sa main les outils de traitement social du chômage : les DE sont des électeurs à préserver !

Dans le même temps, le discours s'est transformé : de la stigmatisation du DE longue durée (« ils doivent réapprendre à travailler avant d'envisager de se former », motifs de l'abandon par le gouvernement de financements de formation pour les contrats aidés), au discours populiste sur le RSA pour faciliter les reprises de travail à temps partiel. Tout ce traitement social du chômage et de la précarité, dont les dispositifs étaient d'ailleurs dans les cartons avant la crise, témoigne de la volonté gouvernementale de permettre le renforcement de l'exploitation des salariés les plus précaires par un patronat aux abois.

Au total la politique de formation et d'emploi de la droite gouvernementale a été chaotique, déstabilisante pour les personnels travaillant dans ces secteurs, avec une succession de dispositifs permettant de multiplier les effets d'annonce, mais ayant rarement une durée de vie en assurant l'efficacité, avec des conséquences dramatiques pour les DE.

Le projet de loi sur la formation professionnelle, voté par l'assemblée nationale en juillet, est le dernier élément de nature à changer dans les mois et les années à venir les relations entre les différents financeurs de la formation professionnelle. Dans l'attente du débat au Sénat et du texte définitif de la loi qui sera adoptée, il est prématuré de vouloir en tirer les conséquences pour les régions.

Son manque d'ambition est regrettable, en particulier l'absence de droit différé à la formation pour les jeunes sortis sans qualification du système scolaire.

Elle témoigne de la volonté de l'Etat de reprise en main des politiques de formation tant vis à vis des régions que des partenaires sociaux et la création du fond de sécurisation des parcours professionnels risque d'être plus un outil de flexisécurité au service des profits patronaux que les prémisses d'une véritable sécurité sociale professionnelle.

- La situation économique et sociale de Champagne Ardenne

Deux éléments forts dominent le paysage :

- une population en moyenne moins qualifiée que dans l'hexagone

- une situation du chômage proche de la moyenne nationale, mais frappant plus particulièrement les jeunes et marquée par de très grosses inégalités infrarégionales : les Ardennes (Rethélois excepté), le nord haut-marnais avec le bassin de Vitry le François, le bassin de Romilly sur Seine enfin sont des territoires sinistrés.

La crise économique et sociale de la dernière année a amplifié les handicaps antérieurs et aggravé les inégalités.

Là, je l'ai fait Zen, plus que politiquement correct !
Il y aurait tant à dire.
Le schéma régional de la formation professionnelle tout au long de la vie

II Bilan 2004-2009

A Le schéma régional de la formation tout au long de la vie

Le schéma régional de la formation tout au long de la vie a permis à travers une élaboration collaborative de recueillir l'avis de tous les acteurs champardennais et de définr le cadre des actions à engager en priorité centré autour de trois thèmes :

- la formation pour garantir l’avenir des champardennais

- la réduction des inégalités territoriales et le déséquilibres sociaux,

- l'anticipation des emplois de demain.

L'avis du CESR

Le site des Espaces métiers

B L'orientation

L'orientation est au coeur de la formation : l'éducation au choix - qui ne doit pas se résumer au choix de la carrière professionnelle – doit contribuer à lutter contre la reproduction de l'autocensure dans la formation, favoriser la découverte des métiers de demain, contribuer à l'innovation champardennaise et permettre à chacun de trouver sa place dans notre société.

Le conseil régional a bénéficié d'un travail ancien des sociaux professionnels de Champagne Ardenne sur l'orientation (avis du CESR du 11 juin 2004), complété par les travaux d'élaboration du schéma régional des formations.

Ceci a conduit à la mise en place des Espaces métiers : lieu de premier niveau d'information et lieu de coordination de l'ensemble des acteurs de l'orientation dans les différents bassins d'emploi et au niveau régional.

Permettre aux différents organismes s'occupant d'orientation de coopérer et d'enrichir leur pratique professionnelle de la connaissance du terrain économique local sans se substituer à eux, en respectant leur rôle propre, comme celui des CIO dont l'appartenance à l'Education Nationale est essentielle pour assurer à tous les jeunes les mêmes services en tout point du territoire national, a été l'axe principal de la constitution des différents Espaces Métiers. Ceci demande une longue concertation, garantie du succès, fonction de l'histoire des différents territoires de notre région : l'arrivée à maturité des premiers Espaces Métiers mis en place témoigne de la validité de cette construction progressive. Leur succès, souligné par tous les acteurs de la deuxième conférence de l'orientation le 7 octobre 2008 a impulsé la généralisation dans tous les territoires de la région.

La pratique régulière de conférences de l'orientation (la troisième est prévue le 8 octobre 2009) garantit la transparence de la politique régionale en matière d'orientation et son efficacité par le retour sur expériences régulièrement fait par les acteurs de terrain.

L'insertion de la coordination des Espaces métiers au sein du Groupement d’Intérêt Public de l’Action Régionale pour l’Information sur la Formation et l’Orientation (ARIFOR) assure le contrôle par l'ensemble des collèges de cette institution (Etat y compris rectorat, Région, partenaires sociaux ...). Cette présence des partenaires sociaux est la garantie de dispositifs non déconnectés des besoins économiques et sociaux !

NB : le bilan 2004-2009, c'est aussi la préservation de cet outil partenarial qu'est l'ARIFOR, l'inscription de son financement au contrat de progrès Etat-Region, le maintien de l'ensemble des partenaires dans son conseil d'administration malgré une transformation obligée d'un statut d'association en GIP et son développement avec en particulier la création d'un centre de ressources contre les discriminations et pour l'égalité.

C Formation professionnelle

1 La formation des demandeurs d'emploi est au coeur des compétences du conseil régional et une part essentielle du budget formation : près de 40 millions d'euros annuels en frais pédagogiques, pas loin de 17 en rémunérations des stagiaires (chiffres actualisés avec le transfert des formation DE de l'AFPA de l'Etat à la région).

L'importance de cette compétence pour le développement économique de la région, pour les Champardennais, justifie un soin extrême à son exercice : les stages doivent être utiles, de qualité et l'orientation des DE vers ces stages facile et non source de déconvenues ; la formation de jeunes sortis sans qualification du système scolaire et désabusés ou de personnes plus âgées, brisées par les problèmes sociaux demande du temps, de vrais parcours et des innovations pédagogiques.

Cela ne se décrète pas, mais se construit dans la durée :

- à partir du bilan des stages effectués, un bilan qualitatif où les résultats en terme de devenir des stagiaires sont lus à la lumière de la connaissance de la situation économique du bassin et des particularités du public formé ;

- à partir des besoins exprimés en emplois futurs par les acteurs économiques,

- à partir de la compréhension des besoins des DE par les prescripteurs (Pôle Emploi et missions locales) et des formateurs.

C'est un travail minutieux qui a été mené tout au long du mandat et sur lequel il faut souligner l'implication des délégués territoriaux du service de la formation professionnelle du conseil régional et les en remercier : c'est ce qui a permis une véritable mutation de qualité du programme régional des formations.

Loin des effets d'annonce et de la politique spectacle de la droite gouvernementale qui, après avoir mis fin aux stages financés par l'Etat en direction des DE de longue durée, a multiplié les dispositifs non pérennes en destination de publics spécifiques, comme les contrats d'autonomie dans certains quartiers difficiles, la politique régionale s'est voulue le progrès dans la continuité, un progrès indispensable, car la formation des demandeurs d'emploi n'est pas à la hauteur des nécessités, mais une stabilité nécessaire aux prescripteurs et formateurs pour qu'eux mêmes puissent contribuer à l'évolution sans voir leurs projets constamment remis en cause, une stabilité nécessaire donc aux demandeurs d'emploi.

L'élaboration du programme régional de formations (PRF) a fait l'objet de réunions chaque année de plus en plus riches, élargies depuis l'année dernière aux représentants des collectivités de proximité. Elle est aidée également par les contrats d'objectifs signés dans les travaux publics, le bâtiment, l'agriculture, la réparation automobile, le transport et dont les comités de pilotage, réunis à l'automne, assurent le suivi tout en contribuant à l'élaboration du PRF. Cette élaboration partenariale a largement contribué au progrès. Elle évite aussi toute démagogie ou clientélisme !

A l'opposé des politiques d'annonce vers tel ou tel public, un effort a été accompli pour que précisément, aucun demandeur d'emploi ne se voit interdit une entrée en formation de par son âge ou son statut et une lutte importante a été accomplie contre les inégalités territoriales :

- suppression de toute notion d'âge

- achat de formation conjointe avec les ASSEDIC pour permettre à des DE non indemnisés de bénéficier des mêmes formations que les DE indemnisés.

- signature de convention avec les conseils généraux pour permettre aux RMIstes de bénéficier des formations financées par le conseil régional : c'est en Champagne Ardenne que la première convention de ce type a été signée. Elles ont rapidement concerné les quatre départements et seule la Haute Marne n'a pas souhaité poursuivre dans la durée. Elles se sont voulues pragmatiques, utiles aux RMIstes, à l'inverse de toute volonté d'affichage, puisque, même en formation, les RMIstes ont gardé ce statut : leur donner un statut de stagiaire de la formation professionnelle aurait été préjudiciable à une part importante d'entre eux pour des questions de droits connexes.

- ouverture d'actions de formations de proximité, pour redonner le goût à la formation et favoriser une mobilité ultérieure, afin de mieux prendre en compte les DE des zones rurales et rurbaines.

Enfin, élément de sécurisation des parcours professionnels, même si une véritable sécurité sociale professionnelle ne pourra pas être régionale et nécessite une loi, la rémunération des stagiaires de la formation professionnelle a été généralisée, hors cas particuliers. Elle s'accompagne d'indemnités pour les frais annexes : transport, hébergement.

Le cas particulier de la rémunération des jeunes sortant scolaires, admis par dérogation dans des actions de formation du PRF, ne peut être solutionné en dehors d'une loi nationale créant une allocation d'autonomie de la jeunesse et permettant aux jeunes de vivre pendant leur formation : son institution par le conseil régional pour les stagiaires dont il finance la formation serait une incitation à quitter l'Education Nationale, à l'opposé du but recherché dans le schéma : une bonne formation initiale, facteur favorisant d'une bonne formation tout au long de la vie !

L'importance de la place de la région dans la formation des demandeurs d'emploi reste méconnue : un parcours normal se déroule sans contact entre le stagiaire et les services de la région : formation prescrite par Pôle emploi ou une mission locale, organismes de formation formant également des salariés ou des DE bénéficiant d'autres financements, rémunération payée par l'intermédiaire hier du CNASEA, aujourd'hui de l'ASP.

L'amélioration de la prescription, condition essentielle pour que les demandeurs d'emploi trouvent la formation qui leur convient, vient de faire l'objet d'une journée de travail entre le service de la formation professionnelle du conseil régional et Pôle emploi. Cela devrait déboucher sur une convention spécifique dans les mois à venir.

2 L'appareil de formation champardennais.

Le petit nombre d'organismes de formation (OF) champardennais est un handicap et la mise en concurrence obligée contribue à l'affaiblir, d'autant plus que la suppression des stages financés par l'Etat à partir du 1er janvier 2005 a diminué la masse globale de formations financées en Champagne Ardenne : même si le conseil régional a ouvert ses formations à tous les DE, le nombre global a baissé, faute de compensation financière par l'Etat au Conseil Régional.

Les procédures d'appel d'offre rendent incertaines la pérennité des formations, source de précarité des formateurs dans les OF, d'absence d'investissements, d'innovation pédagogique ...

Ce cadre, obligé par la loi, de l'appel d'offre, n'a permis que des mesures limitées pour préserver cet appareil de formation : incitation à la coopération entre OF plutôt qu'à la concurrence, développement des marchés à trois ans, plus sécurisant que des actions annuelles.

La décentralisation des formations de l'AFPA à destination des DE, a obligé à la recherche de rapports différents avec les organismes de formation, sous peine d'une casse complète de ce magnifique service public de formation qu'est l'AFPA.

Le conseil régional a donc entrepris de transformer le démantèlement de l'AFPA, voulue par la droite ultralibérale, en la construction d'un réseau public régional associant l'ensemble des organismes de formation répondant à des critères de gestion d'utilité sociale pour en améliorer la qualité, au service des demandeurs d'emploi et des salariés en transition professionnelle, dans le respect des prérogatives des partenaires sociaux.

Ce réseau public doit permettre d'améliorer la qualité des formations :

- en se donnant les moyens d'autres modes de relation avec les organismes de formation que l'achat de 50, 100 ou 800 heures de formation ;

- en engageant la coopération entre les organismes de formation, la coconstruction de véritables parcours ;

- en garantissant la pérennité des organismes de formation, leur permettant de développer ingéniérie, formation de formateurs, toute chose indispensable à la qualité ;

- en liant formation et orientation et associer à la formation tout l'accompagnement qui permet d'en faire des parcours de réussite ;

Il doit permettre de donner aux organismes de formation les moyens de répondre aux obligations de service public : égalité d'accès quelque soit le lieu de résident ...

La création de ce réseau est aussi un élément de développement de coopération avec les régions voisines.

Ce réseau a été créé sous la forme d'un service économique d'intérêt général puisque c'est la seule forme compatible avec la législation européenne.

Le bilan 2004-2009, c'est aussi le développement de l'Ecole de la deuxième chance avec dès 2005 des antennes dans chacun des départements de la Champagne Ardenne, la première région à avoir une école de la deuxième chance régionale.

La création de ce réseau est le résultat d'un rapport de force avec un gouvernement libéral qui veut la marchandisation de la formation, la casse de l'AFPA.
La notion de service économique d'intérêt  général est très insuffisante, car elle repose de toute façon sur la mise en concurrence et autorise la possibilité de profit sur des missions dl'intérêt général !

3 La formation des salariés n'est pas une compétence obligatoire du conseil régional: son intérêt évident pour le développement économique de la Champagne Ardenne et pour les salariés eux mêmes justifie l'implication du conseil régional sur ce dossier pour lutter contre les inégalités : toute contribution financière régionale à la formation de salariés s'est faite en privilégiant les moins qualifiés, les femmes ... ceux qui ont habituellement le moins accès à la formation.

Les contrats d'objectifs signés avec certaines branches, contrats sur la formation tout au long de la vie (cf supra) insistent, en ce qui concerne la partie formation des salariés, sur cet aspect de correction des inégalités: cela est d'ailleurs une des causes de non avancée des travaux préparatoires à la signature d'un tel contrat avec la métallurgie.

Le dispositif MUTAREV a permis, dans son volet formation professionnelle, de faciliter l'intervention auprès des salariés licenciés, mais surtout de travailler sur l'anticipation : contribution à des audits ressources humaines pour mieux construire des plans de formation en entreprise, aide à ces plans.

4 La Validation des Acquis de l'Expérience est une voie dont l'importance est essentielle dans une région où la compétence des salariés ne s'accompagne pas obligatoirement de la reconnaissance qui devrait être liée : nouvelle compétence des conseils régionaux, celle sur la VAE a été exercée au delà des obligations et un accompagnement a été mis en place pour aider à la validation des plus bas niveaux de qualification, avec même la mise en place d'expérimentation d'accompagnements renforcés pour accélérer la validation.

La promotion de la VAE a été développée à travers plusieurs actions expérimentales, la dernière semblant la plus prometteuse : former des responsables syndicaux pour faire diffuser l'information concernant les possibilités de VAE à l'ensemble des salariés.

La plateforme de formation

5 Les premières rencontres avec le milieu associatif et de l'économie sociale et solidaire, que j'ai impulsées dès le début du mandat, ont témoigné de l'importance de la formation, tant des salariés que des bénévoles : cela a conduit au financement d'une Plateforme Régionale de Formations en direction des Bénévoles et des Salariés Associatifs portée par la CRESCA, avec le soutien logistique de l'ARIFOR, mais aussi au développement de formations universitaires sur l'économie sociale, élargies, après la licence professionnelle "Management des organisations, spécialité administration et gestion des entreprises de l'économie sociale » à un master.

6 La concertation au cœur des dispositifs : la formation, ce sont des financements multiples, des intervenants multiples. Il y a donc besoin de concertations fortes entre les décideurs que sont les financeurs, mais les dispositifs ne sont adaptés que s'ils sont construits avec les intéressés.

Le mandat a permis de transformer ce machin formel qu'était le CCREFP (Comité Consultatif Régional de l'Emploi et de la Formation Professionnel) en un lieu de débat et de coconstruction associant aux décideurs que sont l'Etat et la Région, les partenaires sociaux, avec des commissions qui fonctionnent, permettant d'éclairer les débats.

L'élaboration et le suivi des contrats d'objectifs ont aussi associé, autant que de possible, les organisations syndicales : c'est un impératif pour que la formation en entreprise en soit pas subie mais réponde aux besoins.

Mais le mandat 2004-2009, c'est aussi la gratuité des écoles d'aides soignantes et des actions d'accompagnement à la formation, comme des aides au permis de conduire, des subventions à des associations favorisant la mobilité par le prêt de mobylettes ou la location de voitures.

Il y aurait tout un débat à avoir sur la mobilité : dans la situation actuelle les gens ont besoin qu'on la favorise, mais il faut aussi inverser l'évolution économique de déménagements de nos territoires !

D Insertion dans l'emploi

Deux dispositifs sont à l'actif du Conseil Régional dans ce domaine :

- le dispositif Envol s'adresse à des demandeurs d'emploi souhaitant créer une entreprise. Il existait dans le mandat précédent et a été amélioré : reposant sur un accompagnement et une formation avant la création et un suivi après, ce dispositif assure une meilleure pérennité des entreprises créées que les dispositifs standarts

- le dispositif Handi insert favorise l'insertion dans l'emploi de demandeurs d'emploi handicapés.

La qualité de ces deux dispositifs a fait école et certains principes en sont repris par l'Etat, ce qui pourrait conduire à une moins grande visibilité de l'action régionale dans les mois et les années à venir !

Mais l'insertion dans l'emploi a aussi été le soutien à la création de groupements d'employeurs, en particulier associatifs. Cette formule de groupements d'employeurs est un facteur de lutte contre la précarité de l'emploi par la transformation de plusieurs temps partiels en un temps plein et la sécurisation dans la durée.

III Perspectives

La réforme de la formation professionnelle en cours impactera évidemment le fonctionnement régional : face à la volonté de recentralisation des décisions, il importe de développer une politique offensive et adaptative :

- offensive pour développer la politique de formation professionnelle utile aux Champardennais en évitant le parachutage de dispositifs non adaptés, source de dépenses de fonds publics inutiles et en s'opposant à la marchandisation de la formation.

- adaptative pour ne pas avoir une politique parallèle et concurrentielle à celle de l'Etat, mais faire en sorte que les acteurs de la formation et demandeurs d'emploi trouvent l'organisation dont ils ont besoin.

La politique de formation professionnelle du prochain mandat devra évidemment être en continuïté avec la précédente, poursuivre l'amélioration des dispositifs et la qualité des formations, coordonner mieux encore les acteurs de l'orientation …

Certaines actions, à peine ébauchées, devraient être au cœur du mandat :

Mon paragraphe ci-contre essaie de dire en termes chatiés que la politique régionale en matière de formation doit s'opposer très clairement à la politique de l'Etat UMP, dont le seul but est de servir les profits des grands groupes, en faisant en sorte que les Champardennais ne soient pas les victimes des politiques opposées de l'Etat et de la Région, mais au contraire que l'impulsion régionale donnée permette y compris que l'argent dépensé par l'Etat en région le soit utilement (car, même si on est pas d'accord avec le gouvernement, c'est l'argent de nos impôts !)

1 Le réseau public régional de formation professionnelle (RPRFP).

Ce cadre vient d'être créé : les derniers mois du mandat devraient permettre d'en expérimenter les mécanismes.

Sa mise en œuvre complète devrait permettre de transformer la concurrence stérile entre organismes de formations en coopération au service de la qualité des formations, du développement de l'ingénierie, tout particulièrement tournée vers la recherche de nouvelles pédagogies vis à vis des publics les plus éloignés de la formation et la mise en place de formations répondant aux besoins de l'avenir, de la sécurisation des organismes de formation, tout particulièrement de l'AFPA, en grand danger de par la politique gouvernementale, indispensable à la réponse aux besoins de formation de notre région.

Ce réseau public a pour vocation d'associer l'ensemble des organismes de formation publics mais aussi ceux dont la gestion répond à des critères d'utilité sociale et le fonctionnement à des missions de service public (laïcité, pas de sélectivité dans l'accueil des publics...) : un certain nombre d'OF associatifs en région réponde à ces critères.

Ce réseau public aura pour vocation de trouver une réponse à tous les demandeurs d'emploi qui ont besoin de se former, quelque soit leur lieu de résidence ou leur niveau d'études. Il faut en finir avec le DE adressé à un OF par Pôle emploi et refusé après test ou parce que la formation est pleine. Le RPRFP aura pour mission de rechercher dans ces cas là une autre formation.

2 L'accompagnement de la formation devra être amplifié :

- amélioration du suivi des stagiaires par les conseillers des missions locales ou de Pôle emploi pour éviter des abandons et favoriser l'accès rapide à l'emploi en sortie de formation.

- soutien aux associations œuvrant sur les besoins des DE, en particulier sur les questions de mobilité et d'hébergements.

- la prise en charge de tous les frais annexes à la formation est le complément indispensable à la généralisation des rémunérations des stagiaires.

3 Formation des salariés précaires :

Ni tout à fait DE, ni salariés à plein temps, les travailleurs précaires et tout particulièrement les femmes accèdent difficilement aux formations qualifiantes qui leur permettraient d'accéder à un emploi de meilleure qualité.

Changer cet état de fait devra être une priorité, tant du point de vue de l'offre de formation, que des financements : une mutualisation de crédits régionaux et des OPCA est nécessaire.

4 Orientation

Faire travailler ensemble tous les acteurs de l'orientation en région est une action de longue haleine qui portera ses fruits dans les années à venir.

Sur la base des outils mis en place au cours de ce mandat un effort particulier devra être mené pour faciliter l'orientation vers la formation et la prescription adéquate de celle-ci afin que l'ensemble des DE souhaitant se former trouvent celle répondant à leurs besoins.

En clair, obliger Pôle Emploi à envoyer les DE vers des formations utiles plutôt que des stages bidons !

5 La prochaine assemblée élue au conseil régional devra également avoir des actions très volontaristes dans des domaines aussi divers que l'économie sociale et solidaire, l'illettrisme, les handicapés ...

En conclusion je voudrais souligner l'importance de réhabiliter l'intervention citoyenne dans le champ de la formation : c'est à ce prix que la politique régionale de formation correspondra aux besoins de la population ; c'est à ce prix que l'on sortira d'un débat Etat Région stérile et que la proximité de lieux de décisions en région portera tous ces fruits et je sais pouvoir compter sur nos concitoyens pour que cette proximité de décision indispensable ne s'oppose pas à la cohérence nationale nécessaire.

Réhabiliter l'intervention citoyenne nécessitera de mettre en place de nouvelles façons de discuter mais aussi de donner aux organisations syndicales les moyens d'un travail efficace de représentation et de mieux coordonner l'action avec les élus locaux.

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