Révolution du Jasmin en Tunisie,
un événement majeur !


Par Jean Duterte,
 secrétaire de la section de Charleville Mézières du PCF



En ce 13 janvier 2011, l'année commence par un coup de tonnerre ! Un peuple pauvre, nord-africain de surcroît, balaye en quatre semaines seulement, le pouvoir d'un dictateur soutenu depuis 23 ans par les tenants du capital, notamment français, au prétexte de sa lutte contre l'islamisme.

C'est une révolution sociale, largement menée par les couches populaires et la jeunesse qui est en train de se dérouler. Ce sont des motivations démocratiques et de justice sociale qui ont fait la motivation des masses, et non, comme le régime de Ben Ali a tenté de le faire croire, des bandes de terroristes religieux.

Quatre semaines de grèves, de manifestations : la répression sanglante de la dictature n'en est pas venu à bout ! Le dernier souvenir qu'il restera de Ben Ali et de sa caste de privilégiés sera ces dizaines de tunisiens assassinés par une police déchaînée. Ceux qui, de l'extérieur de la Tunisie, ont soutenu envers et contre tout ce régime qui a constamment bafoué les droits de l'homme, ceux qui en ont profité par le biais de délocalisations abusant d'une main-d’œuvre à bas coût, ceux qui se sont tus face aux massacres ont aussi un peu du sang des victimes de ce régime qu'ils ont cautionné sur leurs mains.

Nos grands médias audiovisuels ignorent et méprisent tellement les luttes sociales et progressistes qu'il leur aura fallu trois semaines pour réaliser l'importance de ce qui était en marche en Tunisie. C'est quand le sang versé par un peuple déterminé à se libérer a commencé à ébranler le pouvoir que le reste du monde a pu enfin apprendre qu'il se produisait un événement d'importance dans un pays dont on vantait tant les miracles économiques et la soi-disant réussite dans le grand concert de la mondialisation capitaliste.

Les révolutions semblent toujours survenir comme la foudre dans un ciel serin. C'est oublier la crise majeure dans laquelle le système capitaliste est entré ouvertement en 2008. Celle-ci est le résultat d'un écart disproportionné et irrationnel de richesses entre riches et pauvres, au point que les catégories populaires sont devenues insolvables, et du coup la rentabilité du capital incertaine : pour garantir la rentrée des dividendes, ils ont réalisés des spéculations démesurées sur les produits pétroliers, les matières premières et les productions agricoles de base : elles ont fini par déstabiliser le système bancaire mondial quand les citoyens américain pauvres ont vu leurs dettes exploser via les subprimes.

Mais incapables par nature de corriger leur système, les capitalistes, avec la caution d'organisations à leur solde, tels le FMI ou l'OMC, se sont sauvés de la faillite de 2008 en apportant des remèdes pires que le mal déjà accompli : ils font payer depuis deux ans à des peuples déjà exsangues la facture de leur crise. Les mêmes causes entraînant les mêmes effets, les spéculations sur les mêmes biens vitaux sont reparties de plus belle, des régressions sociales et démocratiques sans précédent depuis quatre décennies aggravent partout dans le monde chômage, inégalités, injustices et misère.

La révolution tunisienne et les manifestations en Algérie attestent que l'insupportable est atteint, et que le scandale de la richesse de quelques-un est devenu insoutenable à des populations qui ne savent plus comment boucler les fins de mois et ne voient pas d'issue dans le système actuel. Aussi les grèves ont éclatées et la rue s'est exprimée, bravant les coups et les balles. Certains s'effraieront peut-être des dégâts provoqués par une colère populaire légitime, des pavés qui ont volé, d'une jeunesse bien loin de l'imagerie réductrice qui voudrait ne voir en elle que des islamistes enragés ! Mais qui osera tenir rigueur à un peuple de quelques vitrines brisées pour exprimer sa colère quand ses droits sociaux et politiques sont méprisés et bafoués ! Personne n'osera et ce serait honteux.

Après cette première victoire que représente la fuite de Ben Ali, nul ne sait si cette révolution portera tous ses fruits et ce qu'il en adviendra. Mais ce qu'elle vient déjà de réaliser est énorme. Le peuple tunisien vient de délivrer à tous les peuples de la planète un message d'une ampleur considérable : l'histoire n'est pas terminée, la révolution peut toujours survenir et emporter les dominants. Ces derniers feraient bien de prendre en compte l'avertissement majeur que représente le coup de semonce donné par le peuple tunisien. Mais leur cupidité les aveuglera, et c'est ce qui les emportera.

Vive la révolution tunisienne !




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