La cohérence libérale du fouillis des réformes de l'hôpital et de la protection sociale

Editorial de la Revue de Santé  et de Protection Sociale
édité par le Parti Communite Français
Santé et protection sociale constituent, prises dans leur ensemble, tout à la fois une préoccupation majeure des Français et un champ idéal de réflexion et d'action pour ceux qui veulent changer radicalement la société et en finir avec l'exploitation de l'homme par l'homme, en finir avec les dominations.
C'est un champ idéal car il permet d'aborder les questions fondamentales de notre société sous tous ses angles : éthique (quid de l'euthanasie par exemple), environnemental (quel impact des pollutions sur la santé ...), social (quelles inégalités dans l'accès aux soins, l'alimentation...), économique (comment financer...). Il concerne aussi le travail (santé au travail...), la prise en charge des personnes âgées dépendantes, l'aménagement du territoire, la démocratie ...
C'est un champ d'affrontement idéologique majeur et c'est d'ailleurs sans doute sur la question de la protection sociale que les débats ont été les plus rudes entre le PS et le PCF à l'époque du gouvernement Jospin, sans, d'ailleurs, que le Parti Communiste n'assume suffisamment son choix.
Car la satisfaction ou non des besoins de santé de la population est un véritable choix de société.
Le capitalisme financier destructeur de ce début du XXIème siècle a fait le sien : celui d'une marchandisation de la santé, celui de l'abandon de la solidarité qui limite ses profits. Année après année, il installe son système, avec à peine la pédale sur le frein lorsque le PS était au pouvoir : le numerus clausus, jamais abandonné, permet de justifier des fermetures d'hôpitaux, au nom de la sécurité ! Les dé remboursements des dépenses de santé s'accumulent. Avec les franchises cette fois-ci, les attaques se font plus nettes et la résistance s'affirme, dépasse le mouvement de mauvaise humeur au moment de l'instauration de la mesure pour s'installer dans la durée. Faisons en sorte de permettre à ce mouvement d'obtenir des résultats.
Après le plan hôpital 2007, une nouvelle réforme s'annonce à l'automne pour l'hôpital, plus destructrice que jamais dans la voie de la privatisation du service public, et dépassant largement le cadre de l'hôpital par son impact idéologique : faire perdre tout repère entre le public et le privé. D'ores et déjà, la pression sur les personnels hospitaliers s'est renforcée sur un principe : la survie de l'hôpital public passerait par sa compétitivité avec le secteur privé. Ajoutée aux mauvaises conditions de travail en rapport avec la pénurie de personnel, à la culpabilisation des soignants devant l'insuffisance de présence face aux malades, cette mise en concurrence avec le secteur privé renforce la souffrance au travail à l'hôpital.
Dans un extrême fouillis apparent, se succèdent les rapports, les annonces, les mesures en tout sens pour davantage adapter notre société à la satisfaction des seuls intérêts des actionnaires et du grand patronat. A ne plus savoir où donner de la tête pour ceux qui veulent résister.
N. Sarkozy a conforté la méthode pour faire passer la sauce : partir de la réalité, des besoins pour justifier une réforme, qui serait la seule possible, et qui va aggraver le situation, mais tout est prévu, même de limiter au maximum l'expression populaire. Les élus défendent les hôpitaux de proximité. Qu'à cela ne tienne ! Il suffit de limiter leur pouvoir dans les conseils d'administration : le directeur de l'ARH, demain le directeur de l'Agence Régionale de Santé si cette réforme est adoptée, peut suspendre les conseils d'administration de leurs prérogatives. Dernier rapport en date, celui sur les urgences, partant d'un problème largement ressenti par la population : l'embouteillage des services d'urgence, l'inégalité d'accès, selon les territoires, à un médecin. La ministre de la santé a décidé de créer un conseil national de l'urgence et de la permanence des soins et ce rapport avait pour but d'en proposer les missions et la composition : il n'y aurait aucun représentant de la population, ni association d'usagers, ni élus. Caricatural : ce conseil aurait, entre autre, comme mission de « valoriser les nouveaux métiers de l'urgence, en particulier le métier de PARM » (les personnels des centres 15). On cherche en vain la présence de leurs organisations syndicales représentatives dans la composition proposée pour ce conseil.
Le fouillis du discours officiel, des réformes engagées, est en fait remarquablement cohérent : hors d'état de résoudre les grands problèmes de l'humanité, acculé, le capitalisme ne trouve une issue, pour conserver ses profits, que dans la rupture avec le compromis social issu de la Résistance, dans des atteintes aux libertés démocratiques, quand ce n'est pas en construisant des murs pour se protéger des « pauvres ».
Nous rêvons d'une société où la satisfaction des besoins humains ne passe plus par la main invisible du marché, mettant les individus en concurrence et développant les inégalités sociales, mais résulte d'une régulation démocratique, enrichie de la participation de tous, tenant compte des enjeux environnementaux, pour répondre aux attentes de chacun, bref d'une société communiste. Cela suppose un essor démocratique sans précédent, le refus de l'appropriation privée des biens communs de l'humanité, le rejet de toutes les dominations, pour arriver à une véritable émancipation humaine.
Pour que ce rêve devienne réalité, il nous faut convaincre, non pas seulement dans le discours, c'est inefficace, mais en imposant, pièce de puzzle par pièce de puzzle, aux capitalistes et à leur suppôts de l'UMP en France, des lieux de gestion démocratique, comme de nouveaux droits des salariés à l'entreprise, des services publics rénovés dans la gestion desquels usagers et salariés trouvent leur place,  des fonds régionaux pour l'emploi et la formation ... C'est sur la réussite de ces lieux que la démonstration se fera : le capitalisme n'est pas la fin de l'histoire. Les premières pièces du puzzle sont toujours les plus difficiles à mettre !
C'est pour cela qu'un simple rassemblement anticapitaliste n'est pas opportun. Ce peut être une stratégie électorale, ce n'est pas l'outil nécessaire de réflexion théorique et de mise en oeuvre pratique, capable de proposer et d'agir pour faire vivre dès maintenant le communisme.
Les atouts du Parti Communiste dans le domaine de la santé et de la protection sociale sont nombreux : lui seul apporte des propositions concrètes véritablement révolutionnaires et aptes à poser des pièces du puzzle. Sa conception de la protection sociale est de nature à réorienter le développement économique quand elle propose de moduler les cotisations en fonction de la politique d'emploi et de formation de l'entreprise. C'est aussi se donner les moyens pour aller progressivement vers une gratuité des soins, notion révolutionnaire, car mettant un terme à l'opposition entre très pauvres, bénéficiaires d'aides sociales comme la CMU, et à peine moins pauvres, qui devraient payer. La réflexion des communistes sur la psychiatrie est historique, donnant des armes contre la dérive sécuritaire actuelle. La création d'un pôle public du médicament est la réponse à l'orientation de la recherche en fonction des profits et non des besoins, à l'insécurité actuelle devant l'absence de garanties sur l'honnêteté des études sur les effets indésirables des médicaments, et tout simplement à ce scandale : l'importance des profits faits sur la maladie. (Et si l'on parlait de l'explosion des profits faits sur des produits dé remboursés !) Quand le gouvernement prône des maisons médicales comme solution à la désertification médicale, il ne fait rien de plus que réinventer les centres de santé, depuis longtemps mis en place par des municipalités communistes, si ce n'est que les bases économiques du travail collectif revendiqué par les médecins pour améliorer leur pratique et leurs conditions d'exercice n'étant pas les mêmes, le succès ne sera sans doute pas au rendez vous !
Enfin, le progrès démocratique est au coeur des réflexions des communistes : c'est le moteur du changement et la garantie du caractère pérenne des transformations, car répondant réellement aux besoins de la population. La revendication de l'élection des représentants des salariés dans les caisses de la sécurité sociale est ancienne ! Mais le progrès démocratique repose aussi sur les possibilités d'intervention de la population dans la définition des besoins et l'organisation des réponses nécessaires, à cent lieux des propositions faites pour les Agences Régionales de Santé, qui seraient des organismes technocratiques, coupés de la population et sous l'autorité directe d'un représentant du gouvernement. L'intervention citoyenne est aussi indispensable dans l'entreprise pour limiter les atteintes à la santé en rapport avec le travail (à ce sujet, la médecine du travail, victime de la pénurie médicale organisée, est malade), et dans la société, seul véritable garant d'une prévention primaire en intervenant sur les risques environnementaux, mais aussi facteur essentiel d'éducation à la santé.
Sous la responsabilité de Michel Limousin, cette revue de santé publique et de protection sociale est un lieu d'échange et de propositions, un outil de travail nécessaire pour contribuer à la bataille idéologique, décortiquer les pièges des réformes gouvernementales, faire émerger  de nouveaux projets, construire la santé de demain. Parce que parler de santé sans parler du financement des soins n'est pas crédible, cette revue est non seulement la revue de la santé publique mais aussi la revue de la protection sociale.
Bonne lecture de cette nouvelle livraison.
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