CPRDFP : les orientations du conseil régional


Il ne s'agit pas là de propositions finalisées, mais de celles que le conseil régional met en discussion, en particulier dans les réunions organisées dans les quatre départements de la région.

Des propositions à discuter, à enrichir donc !
Le conseil régional ne part pas de rien et les orientations du schéma régional de la formation tout au long de la vie sont plus que jamais d'actualité :
- élever le niveau de qualification des champardennais,
- réduire les déséquilibres sociaux et territoriaux,
- anticiper les métiers de demain.
L'engagement du conseil régional pour un accès à la connaissance, à la formation, à l'éducation de tous les Champardennais constitue un investissement, certes immatériel, mais tout aussi impérieux pour son développement que ceux relatifs à des investissements structurels tels que les infrastructures.
Et si cet engagement est en lien avec le développement économique de la région, il ne peut être une stricte réponse aux besoins des entreprises d'aujourd'hui ni même de ceux que l'on arrive à anticiper pour demain : cet adéquationnisme tuerait l'innovation nécessaire, entraverait le nécessaire développement des individus pour plus d'autonomie, pour plus d'émancipation.

I Anticiper et informer pour créer un véritable droit à l’orientation et à la formation tout au long de la vie

Anticiper les métiers de demain

L’anticipation des emplois futurs nécessite une articulation du CPRDFP avec le schéma du développement économique de la Région. Le travail avec les branches professionnelles doit être développé en ce sens, afin que les contrats d’objectifs déjà signés ou à élaborer contribuent à la rénovation des formations et des métiers, vers le développement durable, écologiquement et socialement.
Sous un autre angle, l’anticipation des emplois requiert d’installer une veille sur les besoins en emploi et en formation des branches.
En pratique il faut
- aider à anticiper l'avenir
- favoriser par la formation la transformation des métiers pour un développement durable : nous avons déjà commencé dans le bâtiment
- préparer un contrat d'objectif dans le domaine des services de proximité

L’orientation et l’information sur les métiers et la formation tout au long de la vie

A la suite des travaux du CESER, le schéma régional de la formation tout au long de la vie a proposé la structuration d’un service public de l'orientation : la mise en place des Espaces métiers et de la conférence annuelle de l’orientation ont été les premières pierres de cet édifice. Les Espaces métiers assurent un premier niveau d'information, coordonnent les actions et fournissent des outils territorialisés.
Il s'agit pour nous, maintenant de finir la mise en place des espaces métiers dans tous les territoires de la région, d'obtenir leur reconnaissance par  l'Etat dans le cadre de la labellisation proposée par la loi de novembre 2009 sur la formation et l'orientation.
Il s'agit aussi de s'engager dans une offre de service plus riche et je pense par exemple à la mise en place de conseil en évolution professionnelle pour les salariés.
Mais il ne s'agit en aucun cas pour la région de se substituer aux différents services d'orientation qui doivent continuer à assurer leurs missions en particulier celui de l'Education Nationale qui a un rôle irremplaçable dans l'éducation au choix et l'accompagnement des scolaires,  et à notre avis, le contrat devra à la fois comporter un engagement de la région au développement des Espaces Métiers, mais aussi un engagement du recteur pour conforter le service d'orientation de l'Education Nationale : plus que jamais, il faut des copsy dans les établissements scolaires et les CIO pour que l'orientation ne soit pas subie.

II Former

L’équilibre entre les différentes voies de formation initiale


Il s'agit d'afficher des objectifs ambitieux :
-100% de jeunes diplômés au moins au niveau V,
-80% sur le niveau IV,
-50% de jeunes aux diplômes de l’enseignement supérieur.
Apprentissage, lycée professionnel ?
La répartition de l’offre de formation entre la voie scolaire et l’apprentissage représente un enjeu majeur pour notre Région. Il faut se mettre en capacité d’offrir aux jeunes un choix actif et non subi entre les deux modes de formation initiale et d’améliorer l'évolution des formations vers les métiers de demain.
La région assume et assumera sa compétence en matière d'apprentissage mais ne peut, ni ne doit se substituer aux compétences de l'Etat dans les lycées professionnels qui doivent rester les fleurons de la formation professionnelle. Ils facilitent l'accès à un socle de connaissances générales suffisamment larges pour permettre aux jeunes de mieux s’adapter aux évolutions professionnelles,

Quelle carte des formations en lycées ?

Il est nécessaire, tout à la fois, de garantir des qualifications de niveau V et IV dans les lycées de l’ensemble des territoires, et le conseil régional ne comprendrait pas que les jeunes les plus en difficultés soient refoulés vers l'apprentissage ou l'enseignement privé, faute de sections de CAP dans tous les les lycées professionnels publics. Et le rectorat ne serait que dans l'affichage d'une volonté d'élévation des compétences si la suppression des BEP, et l'évolution vers des bac pro en 3 ans devait se traduire par plus de jeunes en dehors des lycées publics. Mais il est aussi nécessaire de mettre en place des pôles de compétences permettant de conforter les lycées, de garantir la pérennité des plateaux techniques et de développer la multiplicité des formations nécessaires et l’élévation de leur niveau.
Le contrat de plan régional de développement des formations n'aura de sens que s'il permet une élaboration conjointe - rectorat - conseil régional - de la carte des formations en LP et en apprentissage sur une perspective de 4 à 10 ans.
C'est indispensable pour la région, pour deux raisons :
- l'une très matérielle, mais essentielle, celle de l'immobilier des lycées, des équipements,
- l'autre tout aussi indispensable pour une politique lisible d'apprentissage, qui, je le répète, car c'est essentiel, n'est pas là pour compenser des fermetures décidées par l'Etat dans les LP, mais là uniquement pour les jeunes qui font le choix positif de cette forme de formation.


L'équilibre entre les différentes voies de formation d'alternance
Apprentissage, contrat de professionnalisation, mais aussi alternance sous statut scolaire, ou stages en entreprise des stagiaires du PRF

Là aussi, des arbitrages sont nécessaires, pour permettre à chaque apprenant de trouver les périodes en entreprise dont il a besoin, sous le statut souhaité et dans de bonnes conditions.
Comment un jeune qui souhaite faire de l'apprentissage trouve un maître d'apprentissage s'il est beur ?
Comment trouver les stages nécessaires dans les formations de services aux personnes ?

Voilà quelques questions qu'il nous faut travailler avec les partenaires sociaux. Il faut déjà que la carte des formations par contrat de professionnalisation soit mieux connus et c'est ce que nous avons commencé à voir avec les branches avec qui nous avons signé des contrats d'objectifs et de moyens.
Et je parlais à l'instant de services aux personnes, un des objectifs est d'ailleurs de signer un contrat d'objectif aussi avec cette branche, sous une forme plus large d'ailleurs, dépassant le service aux personnes, sur l'ensemble des emplois de service non délocalisables
Comme l'a proposé le CESER, il nous paraît intéressant d'aller vers la création d' un portail des offres et des demandes de stages et de l’alternance en entreprises en Champagne-Ardenne
Trouver l'entreprise, mais aussi avoir un bon tuteur et la formation des tuteurs devra être un axe de ce contrat de plan.

Développer la formation des demandeurs d'emploi

Nous sommes là sur une compétence particulière du conseil régional en lien avec Pôle Emploi. La mise en place du réseau public régional de formation professionnelle est déjà là pour élever la qualité des formations par la création de véritables parcours de qualification, et favoriser la pérennité des organismes de formation publics et associatifs en transformant le mode de financement par la région de ces organismes, non plus heure stagiaire, mais financement en fonction des obligations de services public imposées, financement donc au juste coût sur la durée pour ces organismes leur permettant de garantir leur avenir, la stabilité de leur formateurs donc, une des conditions de la qualité des formations.
Nous en sommes au tout début de la mise en oeuvre, avec des difficultés de rodage, difficultés majorées par le fait que l'un des principaux organismes concernés, l'AFPA traverse une crise interne liée à la volonté du gouvernement et du medef de rabattre cette association historique dans la formation, à la pédagogie reconnue, au rang de banal organisme de formation rentrant dans le champs concurrentiel et vit une période de réorganisation.
Seule une partie des formations de demandeurs d'emploi financées par le conseil régional rentre pour l'instant dans ce cadre des procédures de mandatement : les formations qualifiantes à rayonnement régional.
Le temps de ce contrat de plan devra voir la fin des appels d'offres et la transformation totale de nos relations avec les organismes de subventions avec ces modalités de mandatement. Nous avons choisi de faire une pause dans les transformations cette année pour bénéficier de l'expérience de ce qui est en train de se mettre en place, mais la suite devrait être beaucoup plus simple ; dans l'expérience acquise il y a l'idée qu'il nous faudra inscrire plus clairement des objectifs en terme de stabilité des formateurs et de garanties sociales.

Améliorer la formation des demandeurs d'emploi, c'est aussi évidemment en favoriser la prescriptions par les missions locales et Pôle Emploi, articuler nos formations avec celle financées par Pôle Emploi. Nous avons déjà des conventions avec Pôle Emploi et depuis cette année, l'articulation entre formation financées par Pôle Emploi et celle financées par le conseil régional se passe plutôt bien : formation d'adaptation à l'emploi, comme les CACES par exemple financée par Pôle Emploi, formations qualifiantes financées par le conseil régional
Le contrat devra voir comment nous prolongeons ces conventions
Enfin il serait important de mieux articuler les actions du conseil régional avec les conseils généraux en terme d'insertion des publics les plus éloignés de l'emploi.

Elever le niveau de qualification des salariés ; sécuriser les parcours professionnels. :
L’élévation du niveau de qualification des salariés est un enjeu pour le développement économique de la région. C’est aussi un enjeu pour chaque salarié et la formation est un élément important de la sécurisation des parcours professionnels en favorisant les transitions professionnelles et la mobilité.
Ce n'est pas le seul et si nous voulons qu'il ne s'agisse pas d'une simple flexsécurité, on voit bien, quand on analyse les limites de dispositifs comme le contrat de transition professionnel ce qui manque : une implication des employeurs, en particulier pour anticiper leurs besoins et favoriser des transitions professionnelles avec, si vous me permettez, atterrissage garanti sur un emploi après la formation. On sait aussi que la reconnaissance salariale des qualifications acquises est importante pour inciter les salariés à entrer en formation.
Les objectifs doivent être élevés : permettre aux actifs d’avoir au moins une qualification de niveau V et d’évoluer d’un niveau au cours de leur carrière professionnelle.
D'un point de vue pratique nous proposons d'intégrer le concept de  conseil en évolution professionnelle pour rendre effectif le droit à l’orientation des salariés et faire de la mobilité professionnelle un choix, et d’autre part, faciliter la structuration de l’offre pour permettre aux actifs de mieux utiliser leur DIF et d’accéder à minima à un niveau V de formation.

La sécurisation des parcours professionnels nécessite de construire des processus qui permettront de réduire voire de supprimer les  « vides » des dispositifs en particulier pour les salariés précaires.

Sur tout ce point, nous sommes dans le champ de compétence des partenaires sociaux. Le conseil régional est près à s'y impliquer, comme il le fait déjà, pour aller plus loin et en particulier favoriser l'utilisation de fonds issus du FPSPP(Fond paritaire de sécurisation des parcours professionnels), avec une remarque en forme d'interrogations : le mode d'appel à projet n'est il pas fait pour favoriser le retour des fonds là où il y a le plus de capacités d'ingénierie, bref, tout sauf un mode de développement de la solidarité ?

La Validation des Acquis de l’Expérience :

Utile aux demandeurs d'emplois, mais aussi aux salariés, elle bénéficie d'une place à part dans les réflexions que nous menons, mais c'est avec d'autres un outil de sécurisation professionnelle.

Pour répondre aux critiques d’un manque d’utilisation de ce dispositif, la VAE doit retrouver sa fonction d’outil de promotion sociale. Cela passera par son intégration dans les politiques de gestion des ressources humaines des entreprises en tant qu’outil de sécurisation des parcours professionnels et nous proposons, comme piste d'action, de :
- Conventionner avec l’interprofessionnel sur le développement de la VAE
- Disposer de référents VAE dans les grandes entreprises pour tutorer les candidats

III Faciliter l'action à la formation

Réduire les déséquilibres sociaux

Quelques points nécessitent une attention toute particulière

- la lutte contre l’illettrisme est particulièrement importante dans notre région. L'autosaisine du CESER a eu un effet salutaire en créant une dynamique qui manquait en région. Un plan de prévention et de lutte contre l'illettrisme vient d'être présenté par les services de l'Etat que j'apprécie plutôt comme une simple compilation de l'existant:
L’illettrisme est un phénomène complexe  qui ne peut se confondre avec les concept européen de « compétences clefs » qui porte sur le développement de compétences dans un contexte d’entreprise et il est regrettable que l'action de l'Etat se réduise au dispositif compétence clefs à destination des demandeurs d'emploi..
Le contrat de plan devra permettre de développer une lutte cohérente :
- en intégrant cette dimension dans  tous les contrats d’objectifs avec les branches - en prenant appui sur l’expérimentation en cours « 1001 lettres » co financé par la Région pour construire et former un réseau de médiateurs en entreprise, formés à la déstigmatisation de l'illettrisme,
- en aidant les associations qui luttent et
- en diversifiant les solutions d'apprentissage

- l'intégration des handicapés dans les formations reste difficile malgré les dispositifs existants, qu'il va falloir amplifier.
Il y a toute la question de l'accessibilité de l'immobilier

- Les jeunes en décrochage scolaire
Ce point doit mériter toute l'attention des partenaires : il doit à la fois être prévenu et cela fait appel à des questions pédagogiques, qui sont du ressort de l'Education Nationale, mais aussi aux questions d'orientation, un facteur important de décrochage étant l'orientation par défaut et traité
Le retour  dans les formations professionnelles doit être facilité par, par exemple, l’instauration de dispositifs à entrée différée pour permettre une nouvelle orientation.
Il faut améliorer les relations entre le système scolaire et les missions locales, et c'est ce qui est en train de se faire, développer  peut être des plateformes locales de suivi des décrocheurs comme cela se fait dans d'autres régions, améliorer la fluidité des entrées et les passerelles en formation
Enfin, le contrat de plan doit pérenniser les financements par l'Etat de l'Ecole de la deuxième Chance pour qu'elle devienne un véritable outil de droit à la formation initiale différée. Pour des raisons historiques, l'Ecole de la deuxième chance ayant été crée par le conseil régional, c'est une des école où les financements d'Etat sont les plus faibles ; des places nouvelles ont été créées depuis l'année dernière et devraient encore être crées en 2011 grace à la participation nouvelle de l'Etat, mais le contrat de plan doit permettre d'inscrire ces financements dans la durée. Le rôle de l'état est particulièrement justifié car il s'agit d'échec de l'Education nationale : c'est au même financeur

L’égalité entre les femmes et les hommes
 :

C'est une priorité  transversale du CPRDFP. La Charte européenne pour l’Egalité dans la vie locale, dont la Région est signataire permet la priorisation d’actions en matière d’égalité entre les femmes et les hommes en Champagne-Ardenne : le conseil régional a l'intention de mettre en oeuvre un  Observatoire régional de l’Egalité et de la citoyenneté autour de trois axes définis : accès à l’emploi-égalité professionnelle, diffusion de la culture de l’égalité, lutte contre les violences sexistes et sexuelles au travail 
Le CPRDFP devrait permettre de mener des actions permettant de faire évoluer les représentations des métiers (égalité et non parité) et « déconstruire » les stéréotypes , d'inciter à introduire la notion d’égalité entre les femmes et les hommes dans les entreprises, de contractualiser au niveau régional avec les services égalité du Rectorat et de la DIRECCTE pour s’engager dans la promotion de l’égalité professionnelle

Garantir l’offre de formation dans l’ensemble des territoires régionaux et favoriser la mobilité lorsqu’elle est nécessaire 

Le CPRDFP a pour objet de définir une programmation à moyen terme des actions de formation professionnelle des jeunes et des adultes. C’est donc l’organisation partenariale de l’appareil de formation qui est au cœur des enjeux du contrat de plan.
La carte des formations pourra proposer des formes de mutualisation des moyens et des espaces. Il faudra aussi permettre le développement de passerelles permettant d’assurer une poursuite dans les parcours de formations.

Une autre exigence consiste à garantir à toute la population une formation de qualité incluant un bouquet de services connexes d’appui : hébergement, mobilité, restauration, accompagnement, bilan, etc. afin de  prendre en compte tout l’environnement qui dessine les conditions de réussite de l’acte de formation.

En conclusion, j'ajouterai qu'il nous paraît important de mettre en place, dès l'élaboration de ce CPRDFP des indicateurs, nous permettant l'évaluation nécessaire.