Courrier au maire d'Acy Romance
Monsieur le Maire,

J'ai lu dans l'Union du 24 juillet votre inquiétude sur le centre AFPA d'Acy Romance.

La complexité de la situation de l'AFPA nécessite effectivement quelques explications : de part la loi dite des libertés locales d'août 2004, les formations que l'Etat finançait à l'AFPA pour des demandeurs d'emploi sont décentralisées aux régions, avec comme échéance le 1er janvier 2009. La compensation financière aux régions est faite sous la forme d'une fraction de la TIPP.

Cette décentralisation n'a pas été souhaitée par les régions, et personnellement, je suis persuadée que c'est un grand service national de l'emploi et de la formation qui est nécessaire. De plus il s'agit d'une décentralisation très particulière :
- contrairement à ce qui s'est passé avec les lycées par exemple, le patrimoine immobilier de l'AFPA n'est pas confié aux régions et l'Etat parle même de le vendre !
- D'après le gouvernement, les relations que les régions devraient avoir avec l'AFPA à compter de janvier prochain, ne devraient pas être le subventionnement de son fonctionnement, mais l'achat de formations dans le cadre d'une mise en concurrence de l'AFPA avec les autres organismes de formation.
- D'autres questions sont aussi en suspens, comme l'avenir de l'hébergement dans les centres AFPA, le devenir de son service d'orientation..., et je suis à votre disposition pour vous donner plus d'informations si vous le souhaitez.

En pratique, plus que d'une décentralisation de l'AFPA, il s'agit d'un véritable démantèlement.
Vous comprenez donc l'inquiétude des élus régionaux, car nous avons effectivement besoin d'un service public de formation des adultes.

Cette année, il y a, à titre provisoire, une convention tripartite, Etat/Région/AFPA permettant à la région de subventionner l'AFPA. L'association des Régions de France a demandé au gouvernement de bien vouloir repousser de deux ans la date fatidique du 1er janvier 2009 de mise en concurrence de l'AFPA et d'accepter la prolongation des conventions tripartites qui existent dans toutes les régions, dans des formes assez similaires à celle de la Champagne Ardenne. Ce délai permettrait de clarifier les questions du devenir du patrimoine de l'AFPA, de l'hébergement, du service d'orientation. Surtout, le contexte européen de la mise en concurrence de la formation n'est pas stabilisée. Certains pays d'Europe du Nord acceptent que la formation des adultes sorte du champs concurrentiel, ce qui démontre bien que la mise de l'AFPA n'est pas une obligation européenne comme voudrait le faire croire le Ministre C. Lagarde.

En l'état actuel, le gouvernement, sous le pression de la Fédération de la Formation Professionnelle, affiliée au MEDEF, veut imposer aux régions l'achat de formations à l'AFPA par la procédure d'appel d'offres en 2009 avec un risque majeur que des organismes privés ne remportent certains marchés, alors que la qualité des formations de l'AFPA est reconnue par tous, mais est liée à tout l'ensemble de l'AFPA, son ingénierie, son expérience ... , toute chose bien difficilement quantifiable dans une réponse à un appel d'offres !

Il est indispensable qu'un maximum de voix s'exprime pour faire comprendre au gouvernement que la formation n'est pas une marchandise et qu'un service public de formation des adultes est nécessaire.

En ce qui concerne plus précisément le centre AFPA d'Acy Romance, je tiens à vous rassurer. Aucune menace spécifique ne plane sur ce centre. Dans le cadre du schéma régional de la formation tout au long de la vie, approuvé par le conseil régional en juin 2006, qui insistait sur la nécessité de réduire les inégalités territoriales dans l'accès à la formation, ce centre a une place essentielle dans le sud Ardennes (et un rayonnement qui dépasse d'ailleurs ce territoire). C'est ce que j'ai fait savoir à la direction régionale de l'AFPA qui travaille au développement des formations dans ce centre.

En conclusion de ce courrier un peu long, mais la situation est complexe, il n'y a pas d'inquiétude particulière à avoir pour l'AFPA de Rethel, mais un véritable risque pour l'ensemble de ce service public de par la politique gouvernementale actuelle.

Je vous prie de recevoir, Monsieur le Maire, l'expression de mes salutations les plus cordiales.


Michèle Leflon
Le blog de Michèle Leflon